Du très grand Weber pour le grand Beckett au Théâtre de l’Oeuvre

2 mai 2016 Par David Rofé-Sarfati | 2 commentaires

La Dernière Bande est un texte de théâtre de Samuel Beckett. La pièce a été représentée pour la première fois en France en 1960. Samuel Beckett l’avait traduite lui-même en français. Pièce exigeante du prix Nobel de Littérature, Weber s’en empare au Théâtre de l’œuvre.

Note de la rédaction :

Vous est-il déjà arrivé de ne pas immédiatement vous reconnaître lorsque passant devant un miroir de façon fugace vous vous êtes retrouvés confrontés à votre reflet. Cette expérience a certainement mêlé et de l’étrange et du familier et a été source de révélations, pas toujours très agréables. Le temps qui passe. Le personnage de « La dernière bande », Krapp, voulu peut être se protéger par anticipation de cette mauvaise rencontre spéculaire et a décidé d’enregistrer chaque année, le jour de son anniversaire le compte-rendu détaillé de ses états d’âmes et des événements survenus durant l’année écoulée.
Vieux et fatigué devant son magnétophone à bandes il va durant une heure faire succéder les anciens enregistrements. Nous découvrons par touches allusives la mort de sa mère à l’hôpital, ses amours, la bonne Bianca et la femme du Lac Supérieur. Il se raconte ainsi par le truchement d’enregistrements sonores. Il explique. Il a voulu (du?) renoncer à une vie sexuelle absorbante pour se consacrer à l’écriture.
La pièce commence, Jacques Weber cheveux ébouriffés, chaussures étranges (un 48 de clown?), nez rouge dodu (de l’alcoolique ou du clown?), respiration asthmatique est assis au milieu de boites de bandes; il trône avachi au milieu de sa vie. Il parcourra de façon désordonnée ou choisie(?) les événements importants de sa vie. Et il va enregistrer ce qui sera probablement sa dernière bande
La force du texte vient de cette auto-confrontation où l’horloge par la magie de la technique s’est substituée au miroir. Le temps devient ce tiers qui commande la pièce. Les bobines sont numérotées, rangées dans des boites elle-même numérotées. Le choix de ne procéder que par allusions finit d’homologuer le temps comme le maitre de l’instant. Krapp semble voler au temps qui passe quelques bribes de sa vie, s’autorisant comme il peu, osant à peine. La force du texte procède aussi de sa poésie. La mise en scène épurée ficelle le tout de façon redoutable.

Extraits : je lui ai demandé de me regarder et après quelques instants Elle l’a fait mais les yeux comme des fentes à cause du soleil. Je me suis penché sur elle pour qu’ils soient dans l’ombre et ils se sont ouverts…Viens écouter e pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans. Sois de nouveau sois de nouveau… quand il y avait encore une chance de bonheur.

D’un grand texte seul un grand comédien peut restituer l’esprit. Jacques Weber dépasse cette proposition car il ne restitue pas seulement, il saisit, il ne joue pas la comédie, il est Krapp. D’où parle Jacques Weber si ce n’est de son corps même. Au moment des applaudissements, nourris, nous souhaitons que vite il quitte la carcasse et le désespoir suffocant du vieux Krapp, tant il a su lui coller à la peau.

Crédit Photos ©Dunnara Meas

mise en scène Peter Stein

avec Jacques Weber

assistante à la mise en scène Nikolitsa Angelakopoulou
décor Ferdinand Wögerbauer
costumes Annamaria Heinreich
maquillage et perruque Cécile Kretschmar


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