« Dom Juan » se met en scène à l’Odéon.

19 septembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Un grand texte et une superbe équipe animée par un metteur en scène passionnant et passionné Jean-François Sivadier, qui revient à Dom Juan  ( voir notre critique ) vingt ans après une première approche.

La pièce fut créée en mars dernier au Théâtre National de Bretagne puis programmée au mois de juin au Printemps des Comédiens. La mise en scène signée Jean-François Sivadier de la célèbre pièce de Molière est aujourd’hui reprise au Théâtre National de l’Odéon.

Le décor est baroque, de grosses sphères luminaires semblent vouloir s’écraser près du sol dans un échafaudage céleste. Nous sommes désemparés lorsque Sganarelle lance à la fin de la tirade du tabac « éteignez vos portables et reprenons » Nous sommes encore plus circonspect lorsque Nicolas Bouchaud, Dom Juan élégant en habit entre par la salle et avant de monter sur scène interpelle une spectatrice pour lui offrir des fleurs. On s’inquiète un peu : est-ce du boulevard ? À ce moment-là nous ne savons pas encore tout de l’inimaginable qui est à venir, Sganarelle chantera les passantes de Brassens, Dom Juan en crooner clope au bec chantera « sexual healing » de Marvin Gaye et ira même lire quelques pages de « La Philosophie dans le Boudoir » de Sade.

Le péril guette les choix de Sivadier. Sauf que le couple Don Juan Sganarelle peut tout se permettre car Vincent Guédon oeuvre avec talent à incarner le double en creux d’un Nicolas Bouchaud, un  Dom Juan tout à fait impressionnant. Chaque scène semble réglée comme un numéro de cirque. Cette mise en scène et cette scénographie riche nous déplie le biais et lentement nous invite dans l’univers mental de Dom Juan. Sivadier a décidé de ne pas s’intéresser à l’oeuvre en tant qu’elle est une oeuvre du patrimoine avec une histoire d’écriture compliquée (le texte connait plusieurs versions) et avec une histoire de mise en scène aussi patrimoniale que Molière et sa langue. Sivadier évite l’écueil d’être jugé par l’académie des auto proclamés gardiens du temple des savants théâtreux sur sa lecture de l’oeuvre. Il se dégage du poids des générations qui l’ont précédé. Il ne s’intéresse qu’à Dom Juan. À ce personnage joyeux, léger, histrion fragile parfois et suicidaire en final. Et toujours en transparence plein de désespoir. Par ce choix de mise en scène nous ne nous identifions jamais à Dom Juan.

Au fond cette mise en scène semble avoir été imaginée par Dom Juan lui même. Et elle restitue l’esprit du texte sans psychologiser les personnages. Dom Juan assure la mise en scène et on retrouve le biais cabotin, enfantin, cynique et grandiloquent, le coté sombre aussi. Il devient responsable du spectacle et le spectacle est grandiose.

Quant à nous, nous nous identifions à Sganarelle : Ah ! quel homme ! quel homme !, ce Dom Juan que nous voulons détesté, admiré, envié…

Et dont il convient d’aller rendre visite à l’Odéon.

Crédit Photos ©Brigitte Enguerand

Dom Juan
de Molière
mise en scène Jean-François Sivadier
avec Marc Arnaud, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Guédon, Lucie Valon, Marie Vialle


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