De briques et de broc: Guy Alloucherie au Théâtre le Monfort

24 mars 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

 

Dans un spectacle émouvant et sensible, Guy Alloucherie rend justice à la brique du Bassin minier du Pas-de-Calais. Une manière touchante d’appréhender le patrimoine qui tout en convoquant le passé esquisse les enjeux du présent. Et si le futur se construisait aussi hier ?

C’est parmi la mine de spectacles programmés dans le Off du festival d’Avignon que nous avions eu la chance de dénicher en 2014 une petite pépite, une perle précieuse explorant de fond en comble le Bassin minier du Pas-de-Calais. Pourtant le fond, Guy Alloucherie, lui, ne l’a pas connu. Il n’empêche pas moins que le créateur de la compagnie Hendrick Van Der Zeefait fait entièrement partie du patrimoine et participe, depuis de nombreuses années, à la reconversion des ruines industrielles en lieux de culture.

Dans La Brique, cet enfant du Ch’nord, ce cœur de brique et non de pierre, puise ainsi au plus profond de ses souvenirs pour faire resurgir un monde à présent englouti. Surgir au sens littéral du terme d’abord, puisqu’une part importante du spectacle consiste à recolorier : recouvrir de rouge le noir et le blanc de photos de famille pour laisser apparaître l’omniprésence des briques dans le paysage – paysage qu’à l’époque on ne photographiait jamais. Cette activité plastique devient ainsi prétexte au dévoilement d’une certaine audace artistique – lorsque, par exemple, la personne photographiée est décentrée, mais également au partage des éléments typiques de la culture ouvrière – et non de la sœur de Guy Alloucherie, l’aînée et non celle qui travaille à la mairie de Lille ! Surgir au sens de donner voix aussi, puisqu’il s’agit de laisser entendre le cri de la gaillette que l’on extrait des entrailles de la terre.

Si les briques envahissent tout l’espace, du décor à la création vidéo de Jérémie Bernaert, en passant par le pull rouge d’Alloucherie, les mots trouvent une place singulière dans ce spectacle, malgré les apparences, poétique. Alloucherie convoque les bons mots de René Char, de Rimbaud ou de Ferré – pensez à placer, lors de votre prochain dîner mondain, le fameux punctum barthien ! Il nous apprend également, et à notre plus grande surprise, les influences espagnoles de la langue du Nord ou nous révèle les subtilités du patois local – ainsi en va-t-il de la traduction du mot « caniveau » qui change selon que l’on situe en-dessous ou en-dessus d’une frontière imaginaire mais bien réelle.

Volontairement peu glamour et balbutiant, mais jamais dédaigneux à l’égard ni de son sujet ni d’un public parfois inculte et étranger au monde qu’il redéploie – Alloucherie prend ainsi le temps de nous rendre familier des us et coutumes et autres spécificités territoriales, car « quand on sait, ben on sait pas ! », le spectacle nous tire autant d’éclats de rire que de larmes. Aussi, quel dommage que sa saveur soit ternie par un petit goût d’amertume, le Théâtre du Monfort, un lieu que nous affectionnions pourtant tout particulièrement, ne faisant pas preuve du même respect à l’égard et de son public et de l’acteur, puisque le spectacle a débuté, sans un mot d’excuse ni véritablement d’information, avec près d’une heure de retard… Allez, sans rancune, comme on dit chez moi !


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