« Contagion » de Francois Begaudeau mise en scène par Valérie Grail au Théâtre PARIS-VILLETTE

3 juin 2017 Par
David Rofé-Sarfati
| 0 commentaires

Contagion  interroge le théâtre, lui demande comment distinguer le vrai du faux, et le théâtre car il se mêle de cela depuis toujours ouvre le débat par le truchement du texte d’un Bégaudeau, plus mature qui a su rompre avec son habituel biais magistral, un texte tout en nuance et sacrément contributif.

Version 2

La pièce écrite par François Bégaudeau, scénariste du film Entre les murs, Palme d’or à Cannes, raconte le parcours d’un professeur d’histoire au milieu de ces mots qui font l‘époque. D’abord en lutte contre un adolescent fasciné par les théories du complot, il se retrouvera en prise à un journaliste puis un auteur dramatique qui souhaitent comprendre la radicalisation religieuse et le djihadisme.
La pièce est cérébrale, et les arguments et les réfutations se succèdent dans un jeu proche du débat public. L’intrigue n’est qu’un prétexte au voyage au sein de ce qui malgré nous occupe nos conversations, nos journaux télévisés et de proche en proche nos imaginaires et nos fantasmes.

La pièce est un échange philosophique. Après Charlie, Begaudeau et la metteuse en scène Valérie Grail s’obligent en appréhendant par avance à se saisir de ces sujets : les fake news, la radicalité, le choc des civilisations, la guerre sainte, le racisme. Sans certitude et sans suffisance. Les comédiens sont au diapason des incertitudes et des fausses convictions. Car la puissance et la profondeur de la pièce tiennent à ce qu’elle n’offre aucune solution et ne revendique aucune leçon. On reste coincé entre la bêtise des adeptes du complotisme et celle de ceux qui resteront pour toujours convaincus que l’occident a toujours tort, entre les videos et les hologrammes.   Les donneurs de leçons et les pourfendeurs d’un François Bégaudeau directeur de conscience en seront pour leur idées recues.

Le développé du texte riche d’un rythme valsant d’une croyance à l’autre, d’une croyance à sa contestation crée un sentiment de vacuité d’un discours où rien ne tient, met en exergue la contamination des mots entre eux et construit, le robot de la planète interdite sur le bureau de l’adolescent comme une clin d’œil, un sentiment vaporeux d’une hallucination collective dont personne ne saura se réveiller.

Une pièce intelligente qui honore le théâtre pour ses valeurs d’humilité fait d’éphémère et de dialectique. A ne pas éviter.

 

de François Bégaudeau / mise en scène Valérie Grail / scénographie Charlotte Villermet / lumières Jean-Luc Chanonat / avec Côme Thieulin et Raphaël Almosni

Crédits Photos © Frédérique Ribis

du 6 au 18 Juin

au Théâtre Paris Villette

211 avenue Jean Jaurès
75019 PARIS

 


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *