Clean City aux Chantiers d’Europe : le grand ménage de printemps, c’st maintenant !

1 juin 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Prenant au mot le parti d’extrême droite Aube dorée qui voulait nettoyer les rues grecques de tous les migrants, Anestis Azas et Prodromos Tsinikoris posent la question qui fâche : Qui, dans ce pays, fait le ménage ? Un spectacle engagé qui explore comment nettoyage et pureté font, parfois, bon ménage…

L’héritage du Rimini-Protokoll n’est pas mort ! Il a même traversé allègrement les frontières (en théorie abolies) de l’Espace Schengen, s’en allant faire un tour du côté de l’Acropole. Théâtre du réel, Clean City circonscrit et redéfinit les stéréotypes et autres clichés bien ancrés au travers du regard des meilleures experts en matière de propreté : les femmes de ménage immigrées d’Athènes. Grâce à un sens du casting formidable, cinq bouts de femmes donnent à voir le problème migratoire européen sous ses différents visages : celui d’une Sud-Africaine noire venue en Grèce pour retrouver son mari blanc, celui d’une Bulgare abandonnant ses enfants pour porter la culotte à la place de son mari, celui d’une Albanaise venue avec son orchestre, celui d’une intellectuelle Russe privée de son poste d’universitaire, celui d’une Philippine venue poursuivre ses études en architecture. Les raisons qui conduisent à quitter son pays pour un autre, tout comme les chemins parcourus sont multiples mais tous ces parcours sont guidés par le même espoir, espoir européen d’une vie meilleure que la présence sur scène du club des cinq – femmes de ménage le matin, actrices d’un soir – revivifie avec humour et panache.

Sous la forme d’anecdotes, d’extraits de pubs télévisées ou de l’interview d’une sociologue, c’est le récit d’une émancipation douloureuse qui nous est contée : celle sociale des sans-parts qui doivent se battre pour gagner le respect et prendre part à la communauté qui difficilement les accueille, celle professionnelle des femmes grecques libérées, grâce à ces autres femmes, des tâches domestiques, celle politique des immigrées pour la reconnaissance légale et sociale de leurs droits.

Clean City ne se contente pas seulement de montrer combien ces femmes, en dignes héritières de Donna Summers, « work hard for the money »(!). Par-delà les considérations économiques et le sentiment confus de peur et de fierté, le spectacle est aussi l’occasion d’explorer les extensions philosophique et politique du concept de pureté, un concept normatif qui, central dans l’idéologie raciste déployée par les Nazis, retrouve hélas une certaine actualité. L’enjeu politique est dès lors d’opposer à la xénophobie ambiante qui porte la destruction de l’autre à son paroxysme, une xénopolitique capable de remettre l’étranger au cœur de la construction de la communauté politique. Comment, en effet, faire partie intégrante de celle-ci quand l’intégration est testée à l’aune de critères aussi absurdes que la maîtrise de l’alphabet ? Le sentiment d’appartenance se mesure-t-il nécessairement en termes de connaissances ou s’autorise-t-il bien plutôt au travers de revendications politiques ?  Au travers de ce spectacle, Anestis Azas et Prodromos Tsinikoris ne se posent jamais en donneurs de leçon. L’humour et l’autodérision portés en étendard, ils soulèvent la question de la solidarité en temps de crise, une question que les différents acteurs politiques européens seraient bien inspirés de prendre véritablement au sérieux.

Tout le programme du Festival Chantiers d’Europe est ici.

Visuel : Clean-city-de-Prodromos-Tsinikoris-et-Anestis-Azas


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