Cherchez la faute de Marie Balmary mise en scène Francois Rancillac au Théâtre de l’Aquarium.

23 décembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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A partir d’une lecture alternative des textes de Freud et d’une interprétation particulière du texte de la genèse, Marie Balmary propose une réflexion dont s’empare Francois Rancillac dans un acte théâtre unique.

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Le freudisme dans la suite de la lecture juive des chroniques de la genèse figure l’émergence de l’individu comme sujet pensant et de proche en proche le début de la civilisation par au moins deux éléments fondateurs : la prise en compte de la bisexualité originelle du premier homme et le récit du premier acte de désobéissance. Les chrétiens remplacent mille cinq cents plus tard la vigne par une pomme et c’est en croquant cette pomme, celle du péché originel, que le sujet fort de cette désobeissance s’autorise; ainsi, une nouvelle relation à son Dieu, à son surmoi s’installe par le premier acte civilisationnel et l’homme découvre qu’il est nu. Marie Balmary modifie la lecture de la genèse par deux combines de traduction; le mot péché devient faute et la femme n’est plus créée face à l’homme, mais contre l’homme. Très occupée par les questions du rapport de soumission au masculin et du sentiment de culpabilité du féminin celle qui a voulu écrire une psychanalyse alternative en démontant le complexe d’Oedipe continue son travail contestataire par une nouvelle exégèse biblique.

Cette interprétation décalée et pauvre obtient son effet d’éveiller en nous une nouvelle curiosité pour le texte. Francois Rancillac s’en empare et imagine un dispositif dramatique unique. Le public est assis autour d’une longue table disposée en carré; 60 personnes comme des écoliers prennent place sur des sièges, au milieu d’eux quatre comédiens vont animer la querelle et les débats. Après une heure de représentation et les applaudissements, le débat se poursuit de façon informelle avec une participation active d’un public aux neurones oxygénés par la première partie magistrale.

On regrettera peut-être le talent en retrait des comédiens dans une proposition très doctorale sauvée par la douceur de François Rancillac, candide bienveillant. On apprend plein de choses et preuve finale de l’intérêt du spectacle, les conversations et les exégèses sauvages continuent dans les jardins de la Cartoucherie puis dans la navette de retour. Si le propos fut de nous faire penser, Rancillac par ce spectacle unique qui fait honneur au théâtre, touche sa cible.

 

Cherchez la faute !

d’après La Divine origine (Dieu n’a pas créé l’homme) de Marie Balmary
(Ed. Grasset & Fasquelle / Livre de Poche)
adaptation et mise en scène François Rancillac

avec Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend
et, en alternance, François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet.