Chaleur vaporeuse pour nuit fiévreuse dans l’auberge obscure de Kurô Tanino

16 septembre 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Un focus sur la nouvelle génération d’artistes issus de la scène japonaise débute au Festival d’Automne où sera entre autres attendu Toshiki Okada. Avant lui, l’auteur et metteur en scène Kurô Tanino fait sa première française avec Avidya – L’auberge de l’obscurité, un conte énigmatique et nostalgique aux accents Tchekhoviens qui traite de la norme et de l’étrangeté, de traditions et de mutations, de désirs inexprimables dans un monde voué à disparaître.

Lorsque un père et son fils, artistes-marionnettistes, venus de Tokyo pénètrent et s’installent dans l’auberge isolée au cœur des montagnes du Japon où ils doivent donner le soir même un spectacle de divertissement, ils n’y semblent pas vraiment attendus. Aucun occupant ne répond à leurs appels. La pièce s’ouvre d’emblée sous les signes du mystère, de l’errance et de l’égarement. Tout est lenteur et silence dans ce cadre rabougri et condamné à la démolition.

Tandis que défilent sur un plateau tournant les différentes pièces de la vétuste maisonnée (spectaculaire décor que le metteur en scène signe lui-même), la précarité des chambres communes et la moiteur des bains thermaux imposent une promiscuité presque sensuelle des corps alanguis, lavés et massés par un taciturne sansuke. S’opèrent entre les êtres des rencontres fortuites et néanmoins évidentes au cours desquelles se révèlent en tout intimisme un sentiment partagé d’extrême vulnérabilité, de mal-être pesant, que peine à rompre la vitalité rieuse de deux exubérantes geishas musiciennes. Privée d’affection et de libido, la vie menée paraît totalement monocorde mais cette tranquillité étale se voit bousculée par l’arrivée des deux hommes.

Toute en délicatesse et intensité mêlées, la pièce est touchante, fort bien jouée et réalisée même si sa représentation, trop ancrée dans l’hyperréalisme et la monstration, ne fait pas suffisamment confiance en la puissance de la métaphore. Kurô Tanino signe une belle fable libératrice.

Photo © Shinsuke Sugino


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