[Camping au CND] Robert Cantarella fait toujours aussi bien le Gilles

6 juillet 2016 Par Araso | 0 commentaires

L’excellent festival «Camping» au CND avec beaucoup de beau monde comme on vous le disait ici a clôturé le 1er juillet sa deuxième édition. L’occasion de revoir «Faire le Gilles», un spectacle créé en 2011 par le comédien metteur en scène et ex co-directeur du Centquatre à Paris Robert Cantarella. Un spectacle qui a très bien mûri et voit son interprète de plus en plus à l’aise avec son double. 

Note de la rédaction :

Drôle d’oiseau que ce «Faire le Gilles». Gilles, c’est Gilles Deleuze, disparu en 1995. Le ressusciter tient presque du spiritisme. Robert Cantarella est assis dos à un mur blanc, muni d’une oreillette et assisté d’un comédien dans le public qui entend lui-aussi l’enregistrement, et intervient (très peu). Tous deux écoutent au casque un cours de Gilles  Deleuze, enregistré en amphithéâtre avec les toussotements, raclements de gorge et autres interventions du public d’origine. Se faisant littéralement medium de la voix du philosophe, l’acteur restitue le texte en direct, s’accommodant des entrées et sorties du public, des retardataires, des éclats de rire sonores.

En chemise blanche, jean et veste de velours, Robert Cantarella est génial en prof de philo et totalement crédible, Gilles Deleuze ou pas. Les frontières entre le vivant et le mort s’effacent et on n’entend plus qu’une voix, celle d’un homme brillantissime, à la fois élevé et accablé de toute une vie de réflexion et enveloppé de tocs et de doutes.

Le spectacle a bien évolué depuis ses débuts à la Ménagerie de Verre en 2011, une longévité qui prouve que l’on ne se lasse pas du propos. Performance d’acteur très réussie, on s’interroge toutefois sur les fondements d’un dispositif qu’on aura bien du mal à classer. S’agit-il d’une imitation? Non, puisqu’il y a cette notion de retransmission en direct, complètement folle si l’on s’attache à la temporalité du défunt, miracle de la génération YouTube. Ce n’est pas non plus une composition, puisque les mots sont dictés -littéralement au comédien. Est-ce une création? Une usurpation? Et tandis que notre esprit vaque à ces considérations éthico-pratiques, un peu de philosophie avec la voix du penseur, via le site de l’université Paris 8 Saint-Denis où Cantarella a puisé ses sources.

Visuel © Marc Domage


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