« Cadres noirs » : aventure pleine de souffle, entre drame social et polar

7 mars 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Après D’un retournement l’autre, pièce à succès encore en tournée signée Frédéric Lordon, un nouveau spectacle à thématique sociale, mais sur une note très différente, pour l’équipe dirigée par Luc Clémentin. Un récit de vie plein de souffle qui vire au polar, et que le metteur en scène interprète, seul en scène, brillamment. A voir à la Girandole (Montreuil), puis à l’ECAM (Kremlin-Bicêtre).

Note de la rédaction :

A la vision de Cadres noirs, on est tout d’abord cueillis dans notre intimité, puis émus, puis embarqués. La force du roman de Pierre Lemaitre, publié en 2010, et dont la pièce adapte la première partie, est servie par l’interprétation du comédien Luc Clémentin, qui signe également la mise en scène avec Loïc Risser – on remercie ce dernier de nous offrir, en avant-spectacle, quelques pages de la pièce Krach, de Philippe Malone, qu’il fait sonner de très belle façon. Prenant la parole au milieu de nous, Luc Clémentin se confie, et nous entraîne bientôt à sa suite, dans un constat sombre mais teinté d’espoir, qui devient bientôt un polar… Il incarne Alain Delambre, 57 ans, ancien directeur des ressources humaines dans une boîte moyenne, licencié il y a quatre ans déjà, et obligé de cumuler des emplois précaires. Un jour, dans le cadre de l’un d’eux, il frappe son supérieur, qui venait de lui botter le train. Des ennuis s’annoncent. Mais un miracle survient : malgré son âge, on le convoque pour un poste dans une gigantesque entreprise. Les tests seront très inattendus…

Disposés en cercle aux côtés de Delambre/Clémentin, comme dans un groupe de parole, on s’identifie à notre homme. D’une voix basse et tranquille, il fait siens les mots de Pierre Lemaitre, distillant une ambiance entre noirceur et espoir. Son interprétation pleine de nuances, sincère, jamais démonstrative, lui permet de passer d’une figure à l’autre sans jeu appuyé, et de varier les atmosphères. On rencontre la femme de Delambre, Nicole, ses collègues, plus ou moins de bonne foi, puis des recruteurs mimés avec un humour pas lourd… Les phrases résonnent, parlent de nous, d’aujourd’hui… Tout à coup, notre personnage, pour obtenir le travail, se trouve dans une situation pas commune, inspirée par un fait réel. Il prend parti, et fonce. On l’accompagne, on ne le lâche pas. Au gré du texte, en parfait équilibre entre humour et crudité, entre aventure et peinture désespérée, on vogue de péripétie en péripétie. Le rythme se fait haletant, et toute l’humanité du début demeure.

Le dispositif choisi sert ce récit. La proximité, extrême, est bienvenue. Olivier Robin rythme cet itinéraire à la batterie, en des frappes subtiles, qui font place, au milieu, à un brillant solo. On pourrait trouver que la toute fin de l’histoire, pas facile à faire ressentir, se passe trop rapidement… Mais sinon, on aime que la partie numérique s’invite très simplement, pour figurer les grandes entreprises, et suggérer plus que dénoncer. Et les rares variations de lumière n’en apparaissent que plus fortes. Intelligent et prenant, Cadres noirs est un spectacle avec du souffle. Un souffle énergique, parfaitement dosé.

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Cadres noirs se joue les 12, 13, 18, 20, 26 et 27 mars à Montreuil, au Théâtre de la Girandole.

Les dates suivantes : le samedi 2 avril au Kremlin-Bicêtre (94 ; à l’ECAM, Théâtre du Kremlin-Bicêtre) ; le 24 février 2017 à Fresnes (la Grange dîmière, Théâtre de Fresnes).

Le samedi 2 avril, au Kremlin-Bicêtre, Cadres noirs sera présenté en diptyque avec Le Rêve de Madoff, d’après le roman de Dominique Manotti, mis en scène par Luc Clémentin. Les pièces seront suivies d’une rencontre avec Dominique Manotti et Pierre Lemaitre.

Cadres noirs, d’après le roman de Pierre Lemaitre. Conception et Adaptation : Luc Clémentin, assisté de Loïc Risser. Interprétation : Luc Clémentin, Loïc Risser, et à la batterie, Olivier Robin. Œil extérieur : Yves Pignot. Création Lumière : Mathieu Bouillon. Création Numérique : Marie Maillard et Florian Raber. Avec la collaboration de Simon Bellahsen et de Nicolas Nicolaides. Durée : 1h15.


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