Les trois sœurs nous reçoivent au cabaret de L’Epée de bois

9 novembre 2018 Par
Gabrielle Degeorge
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Bruno Niver, russophile avéré, amène à Paris son spectacle endiablé  Le Cabaret des Trois Sœurs, joué dans le merveilleux cadre du théâtre de l’Épée de Bois.

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Un désir insatiable de partir, ailleurs, où que ce soit, de s’échapper à tout prix. Voici ce que ressentent ces acteurs et ce qui renvoie tout de suite le spectateur à une des pièces emblématiques du théâtre russe, Les Trois Sœurs de Tchékhov. Pourtant, le spectacle n’en est pas une adaptation: le point de départ de la pièce reste avant tout l’expérience personnelle de chacun des comédiens. A tour de rôle, à travers plusieurs monologues, chacun livre au spectateur une perspective personnelle sur sa situation en tant qu’acteur. Ce n’est qu’à partir de là que le lien avec Tchekhov est instauré, car les problématiques qu’ils abordent reflètent celles évoquées il y a plus d’un siècle par le dramaturge. Ainsi la pièce est-elle parsemée de courts extraits des plus belles œuvres de la littérature et de la musique russe, des rappels historiques qui rattachent les problématiques des acteurs d’aujourd’hui à celles qui ont de tout temps préoccupées les artistes et les écrivains.

En hommage aux cabarets, forme de spectacle qui fascine Bruno Niver, la mise en scène s’efforce de démontrer la puissance évocatrice de la musique, et l’effet est tout à fait réussi : le jeu maîtrisé des acteurs n’a d’égal que leur dextérité musicale, en particulier le jeu au piano d’Evgenia Peters. Les voix des actrices, Daria Lovat et Tatiana Paramonova se joignent à merveille. En plus des merveilleuses voix, la chaleur et la force de la langue russe est à même de transmettre le trop-plein d’émotions de ces acteurs.Vient s’ajouter au tout de le jeu de la ballerine, Elena Garcia, figure énigmatique qui traverse la pièce.

Parmi toute cette exubérance cependant, il ne faudrait pas oublier le contexte politique dans lequel cette pièce a été créée: en Russie, l’impossibilité d’innover, le retour an arrière après l’effervescence culturelle des années 90, ne peut que planer au-dessus de ces jeunes acteurs. Le spectacle livre cependant au final un message d’espoir, et dans cette farce burlesque virant parfois vers le tragique, il reste en dépit de tout cet amour pour le spectacle et pour l’art de la scène sous toutes ces formes.

Russophones ou non, amateurs de la belle littérature de ce pays, n’hésitez pas à allez voir « Le Cabaret des Trois Sœurs » jusqu’au 25 novembre au théâtre de l’Epée de Bois !

visuels:  © Regis Duruelle