« BLASTED » et « 4:48 Psychose » de Sarah Kane par Christian Benedetti

24 janvier 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Christian Benedetti inaugurait en 1997 son théâtre à Alfortville avec un auteur associé prestigieux, Edward Bond. Dans cet endroit de riches créations, il se consacrait depuis plusieurs années à l’oeuvre de Tchekhov. Il nous propose aujourd’hui deux créations, Blasted première pièce de jeunesse de Sarah Kane, déjà montée par lui aux Amandiers de Nanterre en 2000 et 4:48 Psychose, l’ultime pièce de la même Sarah Kane. L’occasion pour nous de vérifier le talent du comédien et du metteur en scène

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Dans une chambre d’hôtel de luxe moderne, design et aseptisée, Ian, un homme mûr et grossier, journaliste de tabloïd (Christian Benedetti) se sert à boire; il a amené sans que l’on sache exactement qui elle est, une jeune femme, Cate pour la nuit.

Dans ce décor luxueux et aseptisé vont advenir les pires événements, et la chambre sera visitée et labourée par la guerre civile, la mort et l’amour, le viol dont celui qui est arme de guerre, l’alcoolisme et le racisme. L’anthropophagie aussi.

On l’aura compris. Le texte est riche, exigeant et terrible. De cet édifice dangereux Christian Benedetti, comme pour éviter le danger, respecte les didascalies et le texte avec précision. Sa mise en scène enveloppante et minimaliste cache un travail admirable sur les lumières et la scénographie. Benedetti interprète un Ian plus vieux que dans le texte ce qui ajoute à la nature cacochyme du personnage. Marion Tremontels pousse une Cate sur un versant psychotique. Cette lecture de la pièce triomphe de la complexité grâce aux jeux des acteurs , Benedetti est émouvant, Marion Tremontels est impressionnante. et ajoutons Yuriy Zavalnyouk qui est un soldat irréel cependant que crédible.

La pièce fonctionne, Beneddetti a touché juste, car elle est une pièce sur l’effondrement, une pièce qui raconte la longue pente vers la décompensation de trois personnages auxquels nous nous identifions tour à tour pour ensuite par l’horreur qu’ils nous inspirent chercher à les fuir. La pièce se termine sur un effrayant « merci » qui signe la politesse vaine des damnés.

Du très bon théâtre contemporain.

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En alternance, la pièce 4.48 Psychosis, 1h12 d’une performance jouée par Hélène Viviès dans une mise en scène minimaliste de Benedetti est un bijou. Viviés parvient à restituer et l’inclinaison suicidaire de la malade et la solitude absurde du psychiatre, et à crier l’envie radicale d’amour de Sarah Kane C’est épatant. On regrettera (vu toutefois lors de la première) que la comédienne donne à voir sa virtuosité alors que l’adresse suprême serait de l’escamoter.

Mise en scène, scénographie: Christian Benedetti

Assistante à la mise en scène: Gaëlle Hermant

Acteurs:

Blasted: Ian: Christian Benedetti, Cate: Marion Tremontels, Soldat: Yuriy Zavalnyouk

© L’Arche Editeur


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