Bettencourt Boulevard: Christian Schiaretti tombe dans le piège du théâtre bourgeois

22 janvier 2016 Par Araso | 0 commentaires

Après Aujourd’hui ou les Coréens (1993) et Par-dessus bord (2008), Christian Schiaretti revient à Michel Vinaver avec Bettencourt Boulevard. La pièce a été créée en Novembre 2015 au Théâtre National de Villeurbanne et est désormais en tournée au théâtre national de la Colline. Une mise en scène très conservatrice et sans prise de risque qui s’inscrit dans la droite lignée du théâtre bourgeois.

Note de la rédaction :

Avec Bettencourt Boulevard, Michel Vinaver réussit une nouvelle fois la prouesse de transformer une actualité en pièce de théâtre. Avec l’affaire Bettencourt, le dramaturge du réel est chez lui. Ancien PDG d’une filiale de Gillette, il a écrit sur le monde du travail, des faits divers et des faits politiques pendant des années tout en gardant un pied dans l’entreprise.

On sent chez Michel Vinaver une profonde bienveillance pour ses protagonistes, y compris pour Eugène Schueller lui-même, chimiste fondateur du groupe L’Oréal, génie du marketing avec des opinions politiques à l’extrême de l’extrême droite. C’est d’ailleurs là qu’est le point de départ du noeud dramatique: Eugène Schueller en miroir du rabbin Eugène Meyers. Le reste du casting, Nicolas Sarkozy et Eric Woerth compris, est au complet.

Le texte parle de lui-même: on ne sait plus où s’arrête la réalité et où commence la fiction. Les personnages, plus vrais que nature, sont excessivement bien peints. Le ton est sarcastique comme il se doit. Le verbe est simple, caustique, droit, sans détour. Il est donc d’autant plus difficile de comprendre que Christian Schiaretti n’ait pas eu envie de s’emparer de ce texte pour le faire exploser. « Mon travail consiste à aider la femme la plus riche de France à payer moins d’impôts » confie Claire Thibout, comptable de Liliane Bettencourt.

Sur le plateau, une mosaïque de fauteuils cubiques et blancs, et une composition éclatée de Piet Mondrian recréent l’intention d’un intérieur grand bourgeois. Quant au jeu des acteurs, il est resté, lui-aussi, en deux dimensions. A entendre Francine Bergé (qui joue Liliane Bettencourt) s’égosiller pour soutenir son texte, on a très envie de plaider pour la généralisation du micro au théâtre. La diction, à l’ancienne, fait revivre cette aberration qui est de prononcer touteuh les syllabeuh et qui a pour seule vocation de rendre le texte inaudible.

On peut avoir un propos juste, intelligent, une époque bien croquée, avec une mise en scène aussi plate que le Léman et une direction d’acteurs rétrograde il est très compliqué de ne pas s’ennuyer copieusement. Dommage.

Visuel © DR


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