« Batman contre Robespierre » aux Déchargeurs, une déchéance burlesque

19 septembre 2016 Par Fiona Dubois | 0 commentaires

Batman contre Robespierre, c’est la chute brutale et inexorable d’un homme que rien ne prédestinait à chuter. Une mise en scène burlesque de la pièce d’Alexandre Markoff aux Déchargeurs, dont l’énergie folle et drôle vaut le détour.

Note de la rédaction :

Vous croyez qu’il suffit de ne pas faire le mal pour bien faire ? C’est la question que nous pose Alexandre Markoff alors qu’il nous raconte comment un type bien et ordinaire finit à la rue, sans bien ni famille, avec à sa course la ville entière. Jean-Claude Barbès ne mérite pas ce qui lui arrive. Comme Job, il apprendra que le mal est fondamentalement injuste et ne choisit pas où il tombe. Rien ne change que Jean-Claude Barbès soit riche et bien installé ou indigent et seul, car le malheur ne prend pas parti. Dans la pièce ubuesque d’Alexandre Markoff, le malheur tombe sans vergogne sur le protagoniste d’une manière qui frise l’absurde. En effet pour Jean-Claude Barbès et sa femme toujours très occupée, tout allait bien financièrement parlant. Or il va perdre cet argent, puis son appartement, puis sa famille. Et il finit par courir nu, habillé d’une seule couverture, comme un sans-abri surpris d’en être arrivé là si vite.

Les scènes très drôles de la pièce de Markoff font entendre la vacuité des lieux communs qui ponctuent nos conversations. Lorsque Jean-Claude Barbès répète frénétiquement « J’vais pas me laisser faire » alors qu’on lui a fait du tort, son manque de crédibilité est risible. Face à l’inauthenticité découverte d’une vie dépouillée de tout ce qu’elle a été, le lieu commun sonne faux et creux. Markoff parodie avec une impertinence burlesque ce que notre quotidien a de conventionnel. Comme lorsque dans une conversation entre amis, on entend que tout est mieux « à l’étranger ». Ou lorsque Barbès voit ses amis pour se consoler, que le divertissement se résume aux arrivées permanentes d’un invité qu’on est heureux de voir mais à qui on ne parle pas, et à l’alcool et la débauche. Ou lorsque le discours politique est réduit à un néant stéréotypé, où l’absence de toute valeur côtoie le manque de profondeur et de sincérité. Lorsqu’un lapinou est censé être le maire d’une ville qui se soucie des pauvres mais qui échoue à aider notre personnage déchu.

Ce vide que Markoff nous fait entendre par la répétition, dans des scènes délirantes au rythme effréné, est rendu de manière particulièrement réussie par les quatre comédiens au jeu d’acteur accompli. Enragés, ils se débattent frénétiquement avec le texte sur un plateau nu, alors que l’absence de décor fait résonner leurs paroles et nous donne à penser. Ils nous offrent toute l’énergie qu’ils ont à donner pour rendre compte de ce que les situations de la pièce ont d’improbable et de drôle. C’est ce qui fait que ces scènes peuvent parfois sembler exagérées. Un humour absurde qui poussé à l’excès peut faire tomber le sens à plat.

Car dans la pièce de Markoff, le sens est fondamental mais manque peut-être de force. Son théâtre est politique. Il promeut des valeurs, il délivre un message. Mais c’est un message que l’on parvient difficilement à cerner. Batman contre Robespierre, c’est une bataille entre deux idées de la justice. L’individualisme contre la bataille de l’égalité. Un sauveur providentiel contre une société qui sauve. Car rien ne se passe sur ce plateau sinon un entrechoquement des subjectivités individuelles, chacune enfermée dans la bulle de leur égo dans une société individualiste, incapable d’aider ce pauvre Jean-Claude Barbès. Mais la plupart des scènes, qui sont de véritables performances, font oublier ce message sur une société individualiste et libérale. D’autant que celui-ci souffre de son caractère quelque peu caricatural.

Mais la pièce de Markoff a une force parodique qui sait aisément faire oublier ce potentiel travers. Alors comme on avait aimé son Chienlit au théâtre 13 sur Seine, on aime son Batman contre Robespierre. Le jeu frénétique de ses acteurs est admirable. Et surtout, Batman contre Robespierre nous fait rire. Beaucoup rire !

Batman contre Robespierre d’ Alexandre Markoff
Grand Colossal Théâtre
Les Déchargeurs, Paris
Du 13 septembre 2016 au 29 octobre 2016
Toutes les infos ici.

Visuel : affiche officielle de la pièce


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