Banquet d’anniversaire pour contes fantomatiques, ou comment ressusciter la magie d’Andersen.

10 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Le Mouffetard – Théâtre de la marionnette accueille durant 4 jours un spectacle envoûtant, Hans Christian, You Must Be An Angel, de la Compagnie danoise Gruppe 38. Dans une mise en scène aussi poétique qu’astucieuse, ce sont vingt contes qui sont conviés autour d’une grande tablée d’anniversaire – mais les convives sont invisibles, figurés par les objets et l’environnement qui prennent vie comme par magie. Un très beau voyage au travers de l’oeuvre d’Hans Christian Andersen, pour les petits comme les plus grands.

Note de la rédaction :

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Hans Christian, You Must Be An Angel est un spectacle primé, qui existe depuis maintenant plusieurs années, et a fait plusieurs fois le tour du monde. Créé par le Gruppe 38, compagnie danoise qui s’est plusieurs fois aventurée à mettre en scène des contes d’Andersen ou des frères Grimm, il s’agit d’une oeuvre dont la réputation n’est plus à faire – et elle est amplement méritée! A l’occasion de son passage en France, le Mouffetard a requis la complicité de la bibliothèque Buffon pour le mettre en scène dans son centre de conférences.

Les spectateurs sont accueillis à la porte de la salle par deux serveurs, qui vont les convier à assister au banquet le plus étrange qu’il soit, puisqu’il s’agit de fêter l’anniversaire de Hans Christian Andersen. Autour de l’immense tablée, vingt chaises vides – du moins, en apparence. Les lumières sont tamisées, la vaisselle insolite: ici une assiette est remplacée par un disque de glace, là elle supporte une balance sur laquelle un œuf est posé en équilibre… Le public est invité à circuler autour des convives, mais à ne surtout pas franchir la ligne tracée au sol: c’est que, en réalité, Andersen lui-même et ses contes sont attablés et commenceront bientôt leur dîner… A moins que la Mort, qui s’invite au dernier moment, ne vienne perturber le repas.

Une bonne partie de la magie de ce spectacle réside dans le parti pris de suggérer les contes de façon symbolique, par les objets disposés autour de chaque convive. Chaque conte a une chaise qui lui est unique, une vaisselle tout aussi singulière, souvent des sons qui lui sont associés, un éclairage propre… Certaines des histoires seront effectivement contées, mais généralement il s’agira surtout de camper la présence de son protagoniste à cette table. Certains des contes sont bien connus du public français, d’autres ont moins bien franchi les frontières: ce sera l’occasion de les découvrir.

Au milieu des sons ténus et des jeux de lumière subtils, les fantômes s’éveillent, les contes s’évoquent, tandis que la plume d’Andersen court sur son assiette. Effets de miroir et de transparence, sons cristallins, effets spéciaux de tout ordre se succèdent pour tisser la toile arachnéenne du rêve qui enveloppe doucement le public. Toutes les précieuses émotions des textes d’Andersen sont restituées avec brio au travers du jeu des serveurs et des astucieux dispositifs inventés par le Gruppe 38: peur, tristesse, mélancolie, certes, mais aussi impertinence, joie, tendresse, et humour, un conte insolemment scatologique venant semer la pagaille au milieu du repas.

On ne révélera pas la myriade d’effets employés, non plus qu’on ne donnera la liste des contes invités: une grande partie du plaisir du spectacle est justement de les découvrir au fur et à mesure, de jouer à les deviner, d’être saisi de ravissement quand une surprise s’invite inopinément dans le déroulé des événements. On saluera bien bas le travail d’acteur des quatre comédiens, Bodil Alling, directrice artistique du Gruppe38, tranquillement malicieuse, à la présence rayonnante, et Peter Seligmann, lui aussi de la Compagnie, mais également leurs doubles, Charlot Lemoine et Catherine Poher, qui traduisent l’action en français, le spectacle étant joué en anglais. Quand on dit « traduisent », il s’agit en réalité de bien plus: le jeu à deux devient réellement jeu à quatre, les deux interprètes prenant une part active à l’action, dans un chassé-croisé linguistique qui ajoute une dimension supplémentaire à l’expérience.

Au-delà du spectacle et de son ingéniosité, on retiendra également le plaisir que procure le dispositif, où chaque spectateur, debout, est invité à se composer son propre point de vue en tournant librement autour de la table. Le spectacle se prolonge d’ailleurs par la plaisir de la visite: le public est invité à rester pour admirer de près les divers objets composant le spectacle, et à s’entretenir, s’il le veut, avec les interprètes, dont la gentillesse n’a d’égal que leur générosité.

De ce moment de partage, on ressort le cœur léger. Le fait d’avoir touché, par-delà les années, son âme d’enfant, ne doit pas y être étranger. Un magnifique moment de partage et de poésie.

Dernière représentation à la bibliothèque Buffon, 15bis, rue Buffon (Paris 5e), le jeudi 10 mars à 20 heures. En contrepoint au spectacle, on peut voir dans les locaux du Mouffetard une installation lumineuse de Philippe Lefebvre (Flop), Heureuses Lueurs, jusqu’au 23 mars.

Conception : Paolo Cardona, Philippe Lefebvre dit Flop, Catherine Poher, Bodil Alling, Claus Helbo
Interprétation : Bodil Alling, Peter Seligmann, Charlot Lemoine et Catherine Poher
Version française : Charlot Lemoine
Scénographie : Paolo Cardona, Phillipe Lefebvre, Catherine Poher
Regard artistique : Med Venlig Hilsen
Composition musique et interprétation : Søren Søndberg
Techniciens : Søren La Cour, Lars K. Olesen

Visuels: (C) Morten Fauerby


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