[AVIGNON OFF] « The great disaster » ou le grand naufrage de l’humanité

30 juillet 2016 Par Alice Dubois | 0 commentaires

La Compagnie L’Esperlu&te présente au théâtre des Barriques « The Great Disaster », un texte de Patrick Kermann. Un seul en scène -ou presque- qui mêle à la grande histoire du Titanic celle d’un naufrage non moins grandiose, celui de l’humanité toute entière.

Titanic

Surgie des entrailles de la mer, enfermée dans une bouteille, l’histoire de Giovanni Pastore est découverte par un promeneur sur une plage. Un anonyme qui prend alors la voix d’un autre pour nous conter l’incroyable épopée de cet homme d’en bas, « ce petit glaçon de rien du tout » qui voulait faire partie du Monde. Travailleur clandestin sur le Titanic, Giovanni n’a pas été compté parmi les victimes du naufrage. Il ne figure ni sur la liste des passagers, ni sur la liste de l’équipage. Et pourtant, depuis ce qui semble une éternité, le jeune berger italien lave et relave sans cesse les 3177 petites cuillères du restaurant « A la carte » du somptueux navire…Comment est-il arrivé là ? 

Témoin invisible de la grande histoire, Giovanni raconte le monde du Titanic, ses passagers, du pont jusqu’aux cales, ses personnels, son commandant…Un monde où les hommes d’en haut méprisent les hommes d’en bas. Sortie des profondeurs de l’oubli, la voix de Giovanni parle pour tous ceux que la mémoire collective met inlassablement de côté. Les personnages apparaissent et s’évanouissent, les tableaux se forment et s’évaporent. Giovanni nous perd, on ne sait plus où nous sommes. Si l’histoire commence par la fin, où est-il ? Et où sommes-nous ?  

Allegorie sur l’humanité embarquée dans un grand voyage périlleux, « The Great Disaster » dépasse de loin la tragédie du Titanic pour pointer du doigt celle de la condition humaine. Si le navire coule, qui aura droit au sauvetage et qui seront les derniers ? Et le personnage de se dire sans cesse : « J’y étais aussi, ai coulé..Pourquoi on ne me compte pas moi ? « 

Incarnant Giovanni et tous les autres avec une justesse et une constance très rares sur un plateau, Nicolas Leroy est magistral. Toujours sur le fil, avec une force et une rage au ventre qui font les grands comédiens, il navigue tout au long de ce poème dramatique sans jamais perdre le cap. Anne Mazarguil a fait le pari d’une mise en scène épurée où chaque accessoire fait naître instantanément un tableau en mouvement. On plonge d’un univers à l’autre, et on y croit. La direction d’acteur est superbe. C’est intelligent, drôle, inventif. Un très bel écrin pour la langue de Kermann, si puissante et si riche d’une grande humanité.

 

The Great Disaster de Patrick Kermann. Avec Nicolas Leroy. Mise en scène Anne Mazarguil. Théâtre des Barriques. Jusqu’au 30 juillet 2016. 16h55. Durée: 1h25.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: