[AVIGNON OFF] Riton Liebman revient au théâtre avec son père.

11 juillet 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Riton LIEBMAN a choisi de mettre en scène un renégat qu’il a bien connu : son père Marcel, un juif de gauche, pro-palestinien qui le restera toute sa vie. Parce qu’il fut difficile de grandir dans son ombre, il lui faudra d’abord dresser son portrait et avec lui l’histoire des grandes luttes de son époque, faire inventaire afin de se poser l’essentielle question de la filiation. Sans artifice et authentique, Liebman nous émeut dans une pièce faussement déstructurée.

Riton Liebman revient au théâtre avec un texte qu’il a écrit sur son enfance mis en scène  par le talentueux David Murgia que l’on a déjà remarqué en particulier comme lauréat du festival Impatience 2012 avec « Le Chagrin des Ogres ».

La pièce est construite comme un témoignage en construction entre interview et passage aux aveux. Liebman est attachant, il le sait alors il se permet tout, il joue au violon, mal, il chante, il danse, il cabotine pour masquer, en vain, l’extrême intimité et sincérité du propos. Aujourd’hui papa d’un Felix adolescent, il dresse un bilan de sa vie de fils de cet impossible aussi que sympathique Marcel Liebman, un personnage fantoche, impérieux et compulsif militant  qui n’hésitait pas à emmener Riton dans les manifestations, de lui faire chanter l’internationale, un communiste qui croyait en Lénine, un enfant caché pendant la guerre, un enfant de la Shoah, un militant qui caporalisait ses étudiants, un polémiste télévisuel, un polyglotte qui aimait la musique classique, et surtout Mozart, un cordon bleu qui adorait sa famille, un libre penseur qui poussait le paradoxe à refuser un État Juif au motif qu’il était une aventure illégitime d’émancipation d’un peuple car précisément le peuple Palestinien, comme tout peuple doit s’émanciper. Riton lui aime le rock, les amis et l’art dramatique, la drogue aussi, longtemps trop, et les femmes noires qui fument du cannabis comme sur la pochette ABRAXAS de Santana.

Riton aime son père Marcel parti trop tôt, tandis que la tornade enthousiaste et hyperactive de ce père ne l’enlèvera pas à sa propre pulsion, la propre marche de son destin et du combat de ses désirs.

La pièce est une attendrissante délectation.La mise en scène est ténue et plurielle. Le texte est admirable.  Riton Liebman partage avec Philip Roth un nez singulier et un talent pour le mot d’esprit et la dérision. La pièce contient un des plus succulent witz sur Auschwitz.

Ce fils riche de tant de dispositions naturelles rendant un hommage poignant à un père riche de tant de talents.vous arrachera des larmes chaudes et vraies.

La vie de Riton Liebman est un roman à découvrir sans hésitation jusqu’au 24 à la Manufacture, Patinoire.

 

 

Texte : Riton LIEBMAN
Mise en scène : David MURGIA
Assistants à la mise en scène : Yannick DURET & Aurélie ALESSANDRONI
Avec : Riton LIEBMAN et Philippe ORIVEL
Musique : Philippe ORIVEL


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