[Avignon Off] Les Bêtes de Charif Ghattas au théâtre des Halles

27 juillet 2016 Par Fiona Dubois | 0 commentaires

Mis en scène avec virtuosité par Alain Timàr, « Les Bêtes » de Charif Ghattas fait du cynisme et de la barbarie quelque chose de fascinant. Un couple mondain et aisé, Line et Paul, rencontre Boris, un SDF, et les snobismes de chacun d’eux s’entrechoquent avec majesté.

« Les Bêtes », ce sont Paul, Line, et Boris. Paul et Line reçoivent beaucoup de monde mais les critiquent aussitôt qu’ils ont franchi leur porte. Boris, un SDF, est recueilli par le couple et enraye la mécanique de leur quotidien pour la faire crisser jusqu’à l’absurde, et faire entendre sa vacuité.

Dans leurs propres prisons mentales, chacun est seul. Car chacun est inaccessible à l’autre. Emmanuel Salinger joue intensément le snobisme vide et le détachement contre lequel on ne peut que se casser les dents. « Tu n’es pas humain, Paul », lui dit Line. Et en effet, il ne l’est pas. Pourtant, à ses côtés, Maria de Medeiros qui joue Line épouse sa barbarie autant qu’elle s’en indigne. Et Thomas Durand, dans le rôle d’un Boris sans-domicile et pas moins détraqué, saura nous surprendre.

Lorsque même la cruauté devient ambigüe, lorsqu’elle montre comme toute chose sa complexité irréductible, on sait qu’Alain Timàr a réussi son coup. Car si Paul nous apparaît comme un bêcheur odieux et Line comme une révoltée un peu cruche, ils ne se réduisent pas, comme ils s’appellent eux-mêmes, à « un enculé et une idiote », mais sont toujours beaucoup plus que cela, alternativement.

Les trois comédiens incarnent avec force une mondanité déshumanisée et impitoyable et sont tour à tour vulnérables et fragiles. Ainsi si « Les Bêtes » par Alain Timàr est une satire sociale particulièrement efficace, elle l’est dans une ambigüité forte qui donne beaucoup à penser.


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