[Avignon off] Décapant « Yvonne » de Witold Gombrowicz au Gilgamesh

21 juillet 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Comment éviter le scandale, quand le Prince décide d’épouser l’indéfinissable Yvonne ? D’elle, on ne peut rien dire. Yvonne est un défi au théâtre et a ses règles. Elle se contente d’être vivante et son existence est vécue par les autres comme une provocation insupportable, un vide à combler par un excès de théâtralité. Yvonne est une évidente négation de la forme, avec elle tout est permis !

La pièce est l’adaptation de « Yvonne, princesse de Bourgogne »  de Witold Gombrowicz. Comédie cruelle, elle fut voulue par son auteur comme une fable psychologique, l’histoire d’une jeune fille taciturne qu’un prince par défi et curiosité prend pour fiancée. L’opposition de la famille royale à cette union et la radicale apathie d’Yvonne vont déclencher les pires pulsions meurtrières autour d’elle.

Witold Gombrowicz inaugure avec cette pièce sa question de « l’anarchie illimitée de la forme » déployée par l’écrivain dans la suite de son œuvre. Nicolas Dandine se conforme à l’esprit du texte. La pièce commence, nous sommes invités debout autour de la table du conseil à partager les débats; désormais nous serons complices de la descente aux enfers de cette famille délirante. On nous assiéra plus tard et nous participerons, aussi silencieux qu’Yvonne au sacrifice du bouc émissaire. L’inventivité de la mise en scène ne s’éteindra pas, une inventivité maîtrisée et contributive de notre compréhension. Le bouillonnement de l’intrigue renvoie à celui du jeu des acteurs. Le rire est jaune mais précieux. Une pièce épatante où l’implication des acteurs  sert le texte admirable et où la mise en scène en miroir et ruptures ne pourchasse que le sens, si rare à Avignon où dans certaines cours est ouverte la compétition du buzz et du supposé transgressif qui conviendrait à ce dernier.  »Yvonne » est très drôle et aussi une très belle pièce qui marque l’actuel du théâtre de qualité.

 

 

Interprète(s) : Delphine Bentolila, Stéphane Brel, Nicolas Dandine, Magaly Godenaire, Lionel Latapie, Samuel Mathieu, Julien Sabatié-Ancora
Metteur en scène : Nicolas Dandine
Lumières : Philippe Ferreira
Son : Paul Monnier-Volume original
Scénographie : Nico D


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