[AVIGNON OFF] « Citrons Citrons citrons citrons », de Sam Steiner

15 juillet 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Si les mots par une loi dite de tranquillité était comptés, que deviendrait notre capacité d’aimer? La question est posée dans une création où le manque de moyens signe le OFF mais où le texte magnifique de Citrons, Citrons, Citrons de  Sam Steiner est honoré par deux comédiens talentueux. A l’Espace Alya.

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Chaque être humain prononce en moyenne quatre mille mots par jour. Et si une loi imposait une limite quotidienne ? C’est cette réalité que vont découvrir Bernadette et Olivier lorsqu’ils se rencontrent à l’enterrement du chat d’une amie commune. Ce face à face imagine un monde où nous serions forcés d’en dire moins, et examine notre rapport au langage et à l’autre au travers de la relation d’un jeune couple, au travers de l’amour.

Le texte est splendide. Les fascismes et les populismes se sont toujours employés à réduire le quorum de mots, à pourchasser les adverbes et à diminuer le nombre de verbes. Ici il s’agit en plus de réduire la diversité du vocabulaire, à gendarmer la quantité des paroles dites; les mots prononcés seront comptés. La loi dite de tranquillité, loi du silence, fait coupure et la femme quelques secondes avant l’application du décret avoue : elle veut tout dire. Mais peut-on tout dire?

A grand renfort de contournements, de trucs et d’astuces, d’apostrophes, les deux personnages luttent contre la loi  pour découvrir que si réduire le nombre de mots appauvrit le discours il n’appauvrit ni l’imaginaire ni l’inconscient, et que réduire les choses et substantiver les êtres purge la parole sans que ne se purgent les non-dits. Et aussi parfois comme le dit la femme : tu n’as pas besoin de dire les choses. Et parfois les mots veulent dire autre chose, comme ce lemon lemon lemon prononcé si rapidement que l’homme pourrait l’entendre manly manly manly , sois viril !

On en a pas fini de travailler notre rapport aux mots.

La pièce énonce de façon incarnée que rien ne nous fera taire alors même que l’essentiel est dans les silences et les regards. Ainsi le chat est mort avant que les personnages lui aient donné sa langue (cat got your tongue signifie se taire) ce qui assure l’espoir.

Une petite production pour un grand texte à découvrir.

Citrons, citrons, citrons, de Sam Steiner, traduction et mise en scène : Sébastien Corona, avec Sébastien Corona et Camille de Preissac, Espace Alya, 15h15, durée 1h10. 10-15 euros.