Avignon Off : « Aaaaahh ! » Esprit es-tu là ?

22 juillet 2018 Par
Magali Sautreuil
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Mieux vaut laisser les morts reposer en paix. Perturber leur sommeil pourrait vous en coûter le votre, voire pire encore… Ce sage principe, pourtant bien connu de tous, n’est cependant guère respecté. Hélèna, Victor et Martin apprendront à leurs dépens que la curiosité est un vilain défaut… «Aaaaahh!», si seulement ils avaient su…

Affiche "Aaaahh !"

En effet, si seulement ils avaient su ce qu’ils en coûteraient de jouer avec les esprits. Curiosité mal placée ou bêtise, difficile à dire. Pourtant, de nombreux signes auraient dû leur mettre la puce à l’oreille : une nuit troublée par le brouillard et l’orage, une vieille baraque reçue par Hélèna en héritage d’une tante un peu mystique sur les bords, isolée de tout, sans réseau, côtoyant seulement les morts du cimetière, une maison en somme où seul Dracula ou Frankenstein pourrait se plaire, le tout dans une petite ville de l’Aveyron abonnée aux phénomènes étranges, une ville où il est préférable de ne pas s’arrêter. Tous les ingrédients d’un film d’horreur classique sont réunis. La question est donc de savoir qui va mourir !

Si l’on connaît tous les rouages et les codes du genre, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine appréhension, un peu comme quand on entre dans une maison hantée à la fête foraine ou dans un parc d’attractions. De crainte de ce qui pourrait arriver à la fois aux personnages et à nous-mêmes, on s’enfonce le plus possible dans les fauteuils de la salle. Quant à l’efficacité de la chose, il n’y a aucune garantie, mais se blottir ainsi apporte néanmoins un peu de réconfort.

Ce qui est amusant, c’est que plus le spectacle avance, plus les trois amis ont les nerfs à vif, frôlant même la folie, et nous aussi. Et ce ne sont pas les éléments du décor, modifiés à notre insu, qui vont arranger les choses. Alors on se raccroche à chaque pointe d’humour pour se rassurer, tout comme les personnages…

Même si on devine plus ou moins ce qu’il se passait, on ne peut s’empêcher d’être effrayé. Peut-être parce que l’on n’est pas vraiment dans la position du spectateur, mais partie intégrante du spectacle.

Oscillant entre horreur et humour, cette pièce, au scénario finement ciselé et au décor esthétiquement glauque, se joue en effet de nous, en misant sur notre imaginaire et notre propension à nous faire peur. C’est pourquoi chacun vivra cette expérience différemment. Pour ma part, l’univers et l’histoire de Aaaaahh ! m’ont tout de suite fait penser à Silent Hill, un jeu vidéo qui exacerbe nos craintes les plus profondes.

Laurent Tardieu a réussi là un coup de maître. Le pari était cependant risqué, puisqu’il est passé sans transition de la comédie pour enfants « à un univers qui le passionne depuis toujours : les films d’horreur » (note d’intention de Laurent Tardieu). Espérons qu’il continue dans cette voie, tant nous avons hâte de découvrir ses créations à venir !

Informations pratiques :

Aaaaahh !, de et mis en scène par Laurent Tardieu, présenté dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, relâche les mardis, à 22 heures 30, au théâtre Le Grand Pavois. Durée : 1 heure.

Visuels : © Affiche officielle de la compagnie C’est nous ou c’est pas nous

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