[Avignon OFF] A ne pas rater : « PompierS » de Serge Barbuscia au Balcon

19 juillet 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

CRÉATION AVIGNON 2016 : Une simplette tombe amoureuse d’un pompier, l’uniforme sans doute. Convaincue d’être aimée en retour, elle s’offre sans mesure à un homme qui voit là l’opportunité de vivre sans limite ses fantasmes. Elle ne sait pas dire non, alors il ira jusqu’à la jeter en pâture dans la caserne. L’affaire est découverte et l’homme est déféré et poursuivi. Tandis que le procès est sur le point de s’ouvrir, l’homme et la femme sont mis à attendre dans la même salle …

Écrivons le d’abord : L’issue de la pièce est abracadabrante. Le traumatisme des tournantes est un traumatisme, rien d’autre et jamais une telle épreuve peut seule guérir une jeune femme de sa passivité et de sa bêtise. Patricot aurait-il lu trop rapidement les travaux de Cyrulnik sur la résilience ou trop entendu la phrase de Nietzsche qui traîne sur les murs Facebook des ados en recherche de psychothérapie ready-made? Quand même, la fin de la pièce est totalement irréaliste. Non, le traumatisme ne produit rien, ce qui ne tue pas ne rend pas plus fort et les psychanalystes ne sont pas près de remplacer leurs cures par des séances de viols ou de flagellations en public.

Patricot a opté pour une fin à la Molière car il a souhaité manifestement délivrer un autre message: nous proposer par sa douce erreur de rendre compte d’un bout d’humanité. Car les deux personnages parlent de nos propres tentations. Camille Carraz, fantastique comédienne (elle assure en face de Mesguich), incarne une simplette, si proche de nous lorsque qu’elle se donne à l’amour en victime. William Mesguich, nous voudrions écrire que le rôle fut écrit à sa mesure mais cet acteur parfait échappe à toute mesure, interprète un homme simple et rustre; il est ce héros déchu, notre semblable dans sa quête narcissique d’un destin magique, d’une toute puissance infantile.

Dans un décor minimaliste, les mots sont à l’économie. La mise en scène est contributive de la force du texte. Les gestes calibrés et puissants. La rencontre tragique de ces deux êtres médiocres si parfaitement incarnés nous touchent et nous donnent à penser. Au fond, cette pièce parle de notre humanité et de la vie. Et puisqu’il s’agit de la vie elle même Patriciot, pas dupe en a préféré une fin heureuse.

« PompierS »  de : Jean Benoit Patricot (texte publié aux éditions de l’Amandier) / mise en scène : Serge Barbuscia / avec : Camille Carraz et William Mesguich

Crédit photos ©Gilbert Scotti


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: