[AVIGNON DANSE] « Meet me halfway » au théâtre Golovine

10 juillet 2017 Par
Maïlys Celeux-Lanval
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Si vous cherchez la douceur, elle s’est cachée au Théâtre Golovine. Plus exactement, dans les corps souples de trois danseurs, Félix Héaulme, Edouard Hue et Erin O’Reilly, qui interprètent tous les jours à 18h30 une chorégraphie de 50 minutes intitulée « Meet me halfway ». En les regardant, mille images viennent à l’esprit… Pourtant, la totale déconnexion de leur proposition avec quelque chose de déjà vu offre une expérience de dentelle, apaisante à souhait.

Théâtre Golovine

Chaque année, le Théâtre Golovine nous offre une perle. Cette année, il est possible que ce soit « Meet me halfway », un projet chorégraphique d’Edouard Hue et de la compagnie Beaver Dam. Car, dans la folie furieuse avignonnaise, où l’on court de théâtre en théâtre en transpirant à grosses gouttes, l’homme invente un langage du corps d’une très grande douceur, qui s’exprime dans cette partition en trois parties.

La première est sans conteste la plus belle. Dans le noir total brille une toute petite lumière dorée. Elle grandit, grandit, et éclaire graduellement le corps du danseur Edouard Hue, replié sur lui-même comme un origami. Il se déploie avec toute la lenteur du monde, et brouille notre idée de l’anatomie : où sont les bras, où sont les jambes, difficile à dire, tant son corps ressemble à une fleur enroulée sur elle-même. Son développement organique captive et rappelle les films de croissance accélérée des plantes. Rejoint par une forme, puis par une autre, qui arrivent du fin fond de l’obscurité, il entame une danse à deux où les corps se confondent et s’explorent, tandis que le troisième rôde autour d’eux et disparaît parfois dans l’ombre. La musique de Charles Mugel qui les accompagne est aérienne, et offre encore un peu plus de souplesse à cette performance bluffante. Car emmener un public dans la lenteur, lui faire adorer la délicatesse de corps défiant l’apesanteur, tout cela ne se fait pas sans une perfection technique absolue, ce qui est ici parfaitement maîtrisé.

Puis, le rythme s’accélère et les corps combattent ; on entend parfois les souffles entremêlés de ces tout jeunes danseurs, le visage tendu et concentré, rageur parfois. Leur combat est si sensuel que les corps se troublent, et l’on ne sait pas s’ils tentent de se blesser l’autre ou de se mettre eux-mêmes à l’épreuve. Grâce à un savant travail sur les lumières et sur les souffles, cette chorégraphie de coton et d’amour se lit comme un poème visuel, une figure, un geste de peintre. Unique.

Informations pratiques : 
Titre : « Meet me halfway »
Lieu : Au Théâtre Golovine
Dates et horaire : Du 7 au 30 juillet 2017 à 18h30 (sauf les 10, 17 et 24 juillet 2017)
Tarif : entre 6 et 14 euros