[AVIGNON OFF] ANDROMAQUE AU THÉÂTRE DE L’OULLE

14 juillet 2016 Par Alice Dubois | 0 commentaires

Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est …mort. Voilà en substance toute l’intrigue de la grande tragédie racinienne. La compagnie Viva, dirigée par Anthony Magnier, s’attaque de manière frontale, avec rage et sueur, à l’un des plus beaux monstres de la tragédie. Mais n’est pas Andromaque qui veut…

Note de la rédaction :

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Pauline Bolcatto incarne Hermione @Viva

Aller voir un Racine, c’est dès la réservation, presque décevant. On se demande qui pourrait encore incarner ces personnages grandioses avec l’exigence du vers racinien, sans tomber dans l’ennui le plus cruel ou pire encore dans le piège d’une « modernité » scénique qui ne serait qu’un cache- misère. Cette année le OFF d’Avignon est resté pudique face à l’oeuvre de Racine, et c’est tant mieux. Anthony Magnier, avec quatre spectacles à l’affiche à Avignon est l’un de ceux qui n’a pas eu peur de s’y coller.

Ici point de décor grotesque ou de toges classiques. Anthony Magnier a axé son travail sur le texte, la résonance des mots et leur universalité. Faire entendre la langue racinienne, y plonger et s’y reconnaitre, voilà un défi périlleux, si trop souvent raté. Mais là où beaucoup échouent, la compagnie Viva s’est sort plutôt très bien. Sans artifice ni effet scénique comme béquille, tout est audible. On entend Racine, on le mâche même et on l’avale au compte-goutte, un peu comme si on était là à attendre la becquée… « Le théâtre de Racine est un théâtre de chair », assure le metteur en scène. Et il a raison. La violence du verbe, le plateau nu, si froid quand les corps brûlent, et cette bande son lancinante qui n’est pas sans rappeler les battements du coeur – à moins que ce ne soit les pulsations du peuple grec qui s’agite là, aux portes du palais- tout fonctionne. Et pourtant.

Pyrrhus2

Nous avons été déçus et agacés par une distribution si inégale qu’elle nous interroge. Il y a des erreurs dans l’interprétation même, certaines scènes qui passent à côté de leur substance. La confrontation Pyrrhus / Andromaque n’a rien du choc des titans auquel on s’attendait. La reine captive trop souvent réfugiée dans la plainte n’a pas cette fierté et cette force qu’elle méritait.

Mais il est une Hermione qu’il ne faut pas laisser passer…Il faut aller voir et entendre Pauline Bolcatto, si juste, si géniale. Récompensée par le prix de l’interprétation féminine du OFF 2015, la jeune comédienne incarne sans fausse note un des plus beaux rôles du répertoire avec une aisance bluffante. Elle palpite, transpire, s’agrippe puis s’effondre là devant nous, en nous attrapant les tripes au passage. Incarner Racine, c’est donc encore possible, absolument moderne et terrifiant. Et ça ne se passe pas au Français.

Et que vous connaissiez le texte ou que vous ne l’ayez jamais lu, il est à parier que, malgré tout, vous en ressortirez secoués, avec l’envie pressente d’ouvrir un Andromaque et d’en reprendre une dose.

 

Andromaque, de Jean Racine. Compagnie Viva. Mise en scène Anthony Magnier. Théâtre de l’Oulle. À 17h10. Les jours pairs, jusqu’au 30 juillet 2016. Durée: 1h35.


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