Avec « Germinal », Les Batteurs de Pavés font gronder la révolte ouvrière dans Chalon [Chalon Dans La Rue]

22 juillet 2017 Par
Mathieu Dochtermann
| 0 commentaires

S’attaquer aux grandes œuvres littéraires constitue toujours un exercice difficile. Les Batteurs de Pavés s’y connaissent, et ont déjà montré leur maîtrise de la transposition du Verbe à la Rue. Avec Germinal, c’est le naturalisme de Zola qui fait son entrée dans le répertoire de la compagnie suisse, avec beaucoup de bonheur. Du théâtre de rue participatif et intelligent, de l’énergie à revendre, des biscuits à l’huile de palme, de quoi ravir les (au bas mot) 1000 spectateurs massés Place du Cloître.

20170722_160644

Germinal, c’est un choix militant, c’est une œuvre classique qui n’est pas neutre et qui peut résonner puissamment avec l’actualité, à l’heure où certaines conquêtes sociales du siècle précédent sont remises en question, à tort ou à raison, par une classe politique qui les a jugées désuètes.

Germinal, potentiellement, c’est aussi un bonheur d’acteur, des personnages forts, toute une galerie colorée et marquante, une fresque poignante, un brûlot sur la condition des classes laborieuses, bref, il y a un plaisir évident, pour une compagnie, à le mettre en scène, tant qu’elle n’est pas écrasée par une peur révérencielle du verbe dense, et des précédents qui ont marqué les mémoires.

Les Batteurs de Pavés s’y attellent avec bonheur, et générosité.

Avec bonheur, car forts de leurs années d’expérience en la matière ils distillent la quintessence du roman en 55 minutes, soulignent avec humour ce qu’il a encore à nous apprendre sur nous-mêmes, se moquent gentiment des figures d’autorité avec la complicité du public, et font tout cela avec efficacité et précision, car la compagnie est suisse, et en Suisse, on fait les choses avec précision. Ce qui n’exclut pas beaucoup d’humour, et des kilotonnes d’énergie insufflées sans aucune retenue à un public sous le charme des deux comédiens. Car ils ne sont que deux comédiens. Puisque…

Avec générosité, car le public est invité à camper tous les rôles de la pièce. Les deux comédiens ne sont finalement que des metteurs en scène, des souffleurs, des directeurs de casting, des animateurs de génie certes, mais des animateurs. En très amélioré, avec de la bouteille, du talent, de la gouaille, bref du nez! Et c’est le public qui fait la pièce – et même les éléments du décor, puisque la mine elle-même est campée par un(e) spectateur-ice, qui se prête au jeu de ce rôle ardu.

C’est fait par le public (un peu assisté), c’est fait pour le public, c’est de la démo-dramaturgie, c’est populaire sans être démagogue, c’est drôle et malin à la fois, c’est du très bon théâtre de rue par des comédiens bourrés de talent, c’est à voir, définitivement!

Se déguste encore dimanche Place du Cloître (pastille 41), mais attention! c’est en plein soleil, il y a foule, seuls les plus courageux pourront relever le défi d’assister à la représentation!

Conception et jeu: Emmanuel Moser & Laurent Lecoultre
Diffusion: Delphine Litha