Au Théâtre de l’Union de Limoges, le capitaine Jean Lambert-wild prend son tour de garde

4 juillet 2014 Par
Geoffrey Nabavian
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Son navire caennais laissé à d’autres, le metteur en scène âgé de 42 ans prend la direction du CDN de Limoges et de son école. Il amène dans ses soutes des performances à foison, interprétées par un clown en pyjama, des textes à la poésie singulière, tout cela en dialogue avec la technologie et ses fantômes, et le stoïcisme… Immergé dans la nuit agitée de ce curieux veilleur, on n’est plus sûr de rien. Tant mieux. Plongeons.

Jean Lambert-wildQuelle embarcation que le Théâtre de l’Union de Limoges : bâti en 1908, il était au départ une salle des fêtes. Construite à l’initiative de l’Union de Limoges, une coopérative ouvrière… Voici qu’il accueille aujourd’hui, comme par hasard, Jean Lambert-wild et sa « Coopérative 326 », ensemble d’artistes contemporains travaillant à forger des rêves. Arrivée qui fait suite aux douze années de service de Pierre Pradinas, qui développa le Centre dramatique national et l’école présente en ses murs, en ouvrant celle-ci sur l’extérieur tout en conservant son caractère concentré. Au fil des ans, grâce à des manifestations comme les Francophonies en Limousin, la ville de Limoges est devenue un espace où la langue conte. Et compte donc beaucoup.

Quelle chance : notre nouveau directeur possède, pour s’exprimer, une grammaire extrêmement étendue, qui lui est propre (lisez notre interview). S’y mêlent textes de théâtre à la poésie organique (La Mort d’Adam), tirée des sols de La Réunion, où il est né en 1972 ; décors aux couleurs chatoyantes ; dialogues incessants avec la technologie, dans des pièces avec scaphandre autonome (Crise de nerfs), ou jeu vidéo dans lequel notre artiste s’intègre… ; transcription de mythes anciens de toutes origines (Mue, L’Ombelle du trépassé) ; invention permanente: se remplir de confiture, se faire enterrer avant l’heure, ou… monter, tout simplement, En attendant Godot (lisez notre critique) ; et réserve inépuisable de contes. Ou, comme il nomme lui-même ses performances, de « calentures » (délire saisissant les marins sous les Tropiques, et leur donnant envie de se jeter à la mer). Après deux mandats de directeur effectués à Caen, au CDN également, le capitaine Lambert-wild est rompu à l’exercice. Une nouvelle épopée peut donc commencer. Et son Hypogée* de continuer à se constituer dans des lieux institutionnalisés, jusqu’à l’acte final… Tant mieux: cette œuvre, c’est également le public qui l’a fait.

Aegri SomniaPour l’accompagner, le metteur en scène David Gauchard, à l’intérêt marqué, lui aussi, pour les nouvelles technologies et leur capacité à raconter des histoires ; Lucie Berelowitsch, metteuse en scène portée sur les écritures russes dont on a pu voir la Lucrèce Borgia dernièrement, à l’Athénée ; Nathalie Fillion, dramaturge, montée notamment au Rond-Point avec, en 2012, A l’Ouest ; et un grand comédien, Marcel Bozonnet. On souhaite la création d’un espace de rêve, qui fasse de la ville, épisodiquement, une île mystérieuse. Avec un directeur protéiforme, une aussi vaste réunion d’artistes et des élèves-comédiens – parmi les anciens de l’Académie, on compte le collectif Jakart et Mugiscué, ainsi qu’une partie de l’équipe actuelle du Fracas de Montluçon – ça semble bien parti pour que Limoges devienne une terre de rêve(s).

*le descriptif des spectacles qui composent l’Hypogée est visible ici

Visuel : photo Jean Lambert-wild © Tristan Jeanne-Valès

Visuel : Jean Lambert-wild dans Aegri Somnia (calenture présentée en 2005 au Festival d’Avignon, jouable uniquement dans une piscine) © Tristan Jeanne-Valès