« Après la répétition » de Ingmar Bergman par Nicolas Liautard à la Tempête, subtil et sublime.

2 mai 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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On se souvient de lui le poignant  Scènes de la vie conjugale à la Colline. Nicolas Liautard revient cette fois au Théâtre de la Tempête avec un autre texte de Bergman « Après la répétition ». Trois êtres, deux combinaisons à explorer et toujours pliée et dépliée, nous sommes chez Bergman, la tragédie de l’amour. Nicolas Liautard est à la barre et le voyage est remarquable.

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La scène de la salle Copi est vide, trois enceintes sono posées sur des tables, trois chaises et deux bureaux, nous sommes dans une régie, les voix nous viennent des hauts parleurs.

Metteur en scène vieillissant, Henrik Vogler est toujours animé par le feu de la passion théâtrale. Il ressent une profonde attirance pour ses deux comédiennes. L’une est jeune et passionnée, l’autre est une femme d’age mur rongée par l’alcool.

Plongé dans ses pensées, le metteur en scène entre en scène, il  est surpris par le retour de la jeune Anna. Il a été autrefois l’amant de sa mère, Rakel et pourrait bien être son père. La conversation s’engage sur le théâtre, le jeu d’acteur et respect du texte…

Nicolas Liautard, metteur en scène se glisse dans le propos de Bergman lorsqu’il traque les moindres frémissements du désir et ceux de la frustration. Nous sommes aujourd’hui plus de quarante ans après le film de Bergman. Le film sort dans l’onde de choc de 68 et de ce qu’on appellera la révolution sexuelle, mouvement essentiellement marqué par l’émancipation sexuelle des femmes, l’affirmation de l’égalité des sexes et la reconnaissance des pratiques sexuelles libérées de la charge de la procréation et du cadre obligé du foyer conjugal.

La lecture moderne de Liautard évite l’anachronisme, se débarrasse de la question féministe car ce qui aujourd’hui  l’intéresse est l’intime de l’intime; et il parvient, aidé par deux comédiennes sacrement talentueuses et  précieuses à saisir ce moment où la vérité de l’individu se dévoile à l’autre. Si Scènes de la vie conjugale interrogeait le corps qui lorsque traversé par le discours amoureux devient d’obscène et pathétique, « Après la répétition » en amont à ce corps pourchasse l’instant où le baiser qui va être donné à l’autre est encore à peine une idée, seulement un lointain pressentiment. Son Scènes de la vie conjugale se devait pornographique, son Apres la répétition est délicat et subtil.

Avec Liautard, l’enchâssement du lien comédienne-metteur en scène avec le lien amoureux signe une mise en scène efficace où on ne veut pas savoir où commence la scène et où commence la vie. Le temps semble comme bloqué par une intrication et des paroles polysémiques et des voix enregistrées. Le ratage des rapports humains est partout et il renvoie au semblant des paroles dites et de la difficile mais indispensable convocation de ce qui selon Bergman fait tiers et auquel il faut chaque fois revenir : le texte.

Bien sûr, Jouvet écrivait qu’au théâtre tout le monde ment sauf le texte. Mais un texte non dans sa littéralité mais riche de son équivoque. Dans cette équivoque et ce ratage, Liautard construit autour de l’oeuvre de Bergman un théâtre vrai cependant que littéraire.

A aller voir et revoir.

de Ingmar Bergman
mise en scène Nicolas Liautard

avec

Sandy Boizard
Nicolas Liautard
Carole Maurice

lumières Magalie Nadaud
son Thomas Watteau

production Robert de profil, 
compagnie conventionnée par la Drac Île-de-France 
et par le Conseil général du Val-de-Marne.

du 27 AVRIL au 28 MAI 2017
au Théâtre de la Tempête - salle Copi
du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30
(durée 1h20)