« ANNABELLA, DOMMAGE QUE CE SOIT UNE PUTAIN » de Frédéric Jessua

24 mars 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

John Ford, une génération après Shakespeare, clôt le cycle des grands dramaturges élisabéthains. Folie, vengeance, adultère constituent les thèmes majeurs de la période dite jacobéenne. Fougueuses et sombres, ces pièces ne permettent d’espérer aucun retour à l’ordre et traduisent le cynisme d’une époque de transition.

La pièce est immorale car il s’agit d’un inceste entre une sœur et son frère mais aussi car les personnages baignent dans une folie délirante et une corruption généralisée, car ils s’obligent à vivre leur passion de la façon la plus extrême possible.

La mise en scène est inventive, déjantée. La scénographie s’autorise tout. Les comédiens, chacun aussi talentueux, poussent leur proposition au confins du délire. On regrettera peut être les scènes gore cependant que la scénographie enveloppe le texte dans une fantaisie précieuse à la compréhension de ce qui se joue dans les psychés, et déploie une poésie qui soulage et émerveille le spectateur. Nous sommes au spectacle, la troupe nous irradie de son énergie.

A cet absolu du jeu des acteurs et de la mise en scène répond la recherche d’un absolu infantile des personnages. De cette décadence érotique émerge souvent du beau dans des scènes où le travail de chacun nous donne à ressentir ravissement et frisson.

Frédéric Jessua et sa troupe auront compris que l’univers de John Ford est un lieu où chacun s’aliène par narcissisme aux désirs des autres. Lorsque les personnes sont occupées à la seule quête du désir du prochain pour s’y conformer et que seul ce désir de l’autre importe, alors l’idéal du moi radical et névrotique bouche tout projet personnel et la folie affleure. Cette pièce nous parle de cela. Avec un souffle hors du commun.

Crédit Photos  © Antonia Bozzi

d’après John Ford
mise en scène Frédéric Jessua
traduction et adaptation Frédéric Jessua et Vincent Thépaut

avec
Justine Bachelet
Elsa Grzeszczak
Tatiana Spivakova
Jean Claude Bonnifait
Baptiste Chabauty
Frédéric Jessua
Thomas Matalou
Vincent Thépaut
Harrison Arévalo

scénographie Charles Chauvet
lumières et régie générale Marinette Buchy
costumes Julie Camus


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