« Ana, ma chérie », une introspection transformée en thriller

27 septembre 2018 Par
Magali Sautreuil
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« Ana, ma chérie »,grandis un peu ! Mais encore faut-il qu’elle en soit capable ! Qu’il peut être dur de se construire, surtout en l’absence d’un des deux parents ! Que d’entraves peuvent nous empêcher d’aller de l’avant ! Dans un seul en scène, captivant et poignant, vous serez transportés dans un univers à la charnière de la fiction et de la réalité, qui explore les méandres de la folie, des secrets de famille et du doute… Un thriller haletant.

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Lorsque débute la pièce, Ana est déjà sur scène, allongée sur une échelle. Elle est vêtue d’une longue robe rouge et a les cheveux en bataille, exactement le genre de tenue et de coiffure que sa mère exècre.

Sa mère, on ne la voit jamais, alors qu’on a l’impression qu’elle est omniprésente. On perçoit seulement sa voix. Elle est comme une pensée qui obsède Ana, la terrifie et l’agace au plus point. Leur relation est sans nul doute à la fois fusionnelle et toxique.

L’emprise de la mère sur sa fille semble totale. Mais quel âge a donc Ana pour se laisser ainsi diriger ? Ne peut-elle tout simplement prendre sa vie en main et aller de l’avant ? Par moment, elle semble être une femme accomplie et, à d’autres, une petite fille. Mais qui est-elle vraiment ? Une adulte ? Une petite fille ? Une adolescente, coincée entre deux âges, empreinte de fantaisie, maligne, poétique, mais aussi pétrie d’angoisses, dont les états d’âme sont retranscrits au piano ? Difficile de répondre à cette question, mais une chose est sûre : Ana a une peur viscérale de grandir et de perdre ceux qu’elle aime.

Elle paraît prisonnière de sa propre chambre et de ses doutes. Séquestration est mentale ou physique, on ne saurait dire… Ana semble toutefois se complaire dans son monde imaginaire, fait d’envies, de fantasmes, de désirs inavoués et inavouables. Paradoxe, elle éprouve le besoin viscéral de ressentir les choses, de se sentir exister, mais est terrorisée par le monde extérieur. Ana semble être, inconsciemment son propre geôlier.

Son esprit paraît bloqué à une certaine époque. Un événement tragique l’a gravement altéré… Un terrible secret de famille pèse sur elle. Trop lourd à porter, il semble lui enlever peu à peu sa raison. Dans sa quête effrénée de vérité, elle cherche à la fois des éléments de compréhension et une échappatoire.

L’échelle, unique élément de décor, qui est à sa portée, semble lui offrir un moyen d’évasion. Mais osera-t-elle seulement un jour vivre sa propre vie et accepter l’inconnu qui se trouve derrière la porte ? Cette échelle est à l’image d’Ana : pleine de contradictions. En effet, une fois passée derrière elle, Ana, ainsi masquée en partie par ses barreaux, semble être dans une prison, à moins qu’elle ne rejoue la scène où, involontairement, depuis sa cachette, elle a été témoin d’un événement indicible. L’échelle, totalement amovible, renvoie également au déséquilibre mental d’Ana, au mouvement de pendule qu’opère son esprit entre volonté d’aller de l’avant, d’obtenir des réponses et envie de rester dans sa zone de confort et l’ignorance.

Tout au long du spectacle, l’histoire monte progressivement en puissance et se complexifie. En effet, plus on apprend de choses sur Ana, plus on pénètre dans son intimité, plus la pièce prend une autre dimension et plus on se questionne sur cette jeune femme. Mais ne vous attendez pas à avoir des réponses, ce sera à vous de trouver votre propre vérité.

Ana, ma chérie, de et avec Jennifer Batten, mise en scène par Jean-Luc Borras, présentée au théâtre du Marais à Paris, du 11 au 20 septembre 2018, à 20 heures. Durée : 1 heure.

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