« à tort ou à raison » avec Michel Bouquet à l’Hébertot.

13 mars 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Après une tournée dans toute la France, Michel Bouquet joue Wilhelm Furtwängler dans À Tort et À Raison de Ronald Harwood au Théâtre Hébertot.

Note de la rédaction :

En 1946 à Berlin un commandant américain instruit le dossier de l’un des plus grands chefs d’orchestre du siècle, Wilhelm Furtwängler auprés du tribunal de dénazification. Francis Lombrail crée un personnage haut en couleurs, un Américain bonhomme, décontracté mais en même temps aux aguets et intimidé par celui qu’il doit interroger. Il se retrouve face à un Michel Bouquet impressionnant.
Le commandant est bien décidé à prouver la culpabilité du chef d’orchestre. L’affrontement est enchâssé. Il est frontal entre les deux personnages, l’Américain volontaire et l’Allemand maladroit. Il est surprenant entre les deux comédiens Lombrail brillant dans son emploi et son ainé Bouquet grand maitre de l’art dramatique.
On reproche à Furtwängler d’avoir continué à diriger la Philharmonie durant le régime hitlérien et d’avoir envoyé une carte de joyeux anniversaire à Hitler. Il fut acquitté le 17 décembre 1946. On ne lui a reconnu aucune charge d’antisémitisme ou de sympathie pour l’idéologie nazie. Une blague juive définit l’antisémite ainsi : c’est quelqu’un qui déteste les Juifs plus que nécessaire. Furtwangler fut classé dans la catégorie 4 : suivisme qui ne donnait lieu à aucune poursuite. Sous le nazisme le niveau de l’antisémitisme nécessaire fut élevée, la compromission des notables inévitable. Pour son malheur d’accusé Furtwängler avait du mal à s’exprimer clairement Il n’a jamais su donner les raisons pour lesquelles il ne s’exila pas. Toute sa vie il connu des difficultés insurmontables à exprimer clairement sa pensée. Immense artiste, sa pensée consacrée totalement et de façon obsessionnelle à la musique et à la protection de la suprématie artistique allemande, Furtwängler a survolé la réalité sans l’affronter et son discours parfois concède à la pensée nazie. Bouquet joue avec une souveraine précision ce personnage de psycho-rigide anxieux tout dédié à son art. Il incarne aussi ce qui fait retour à son emploi dans la pièce : Il rend dans cette création un hommage à sa propre carrière.

Extraits : … le niveau musical baissait et était à préserver à cause des lois raciales…on commence à censurer ses propos et on se met à censurer ses pensées et puis on censure ses sentiments…

Un jour quelqu’un demanda à Toscanini qui était le plus grand chef d’orchestre au monde à part lui-même. Il cria : « Furtwängler » et quitta immédiatement la salle. Michel Bouquet se situe à cet endroit de l’immense talent et nous sommes bouleversés par son Furtwängler dans ce face à face inoubliable avec le Commandant Steve Arnold/Lombrail.

Juliette Carré fait une apparition réussie en avocate. Didier Brice tient bien son emploi. Damien Zanoly et Margaux Van den Plas sont conformes. La mise en scène de Georges Werler est classique. Reste que l’on est saisi d’émotion par le détail du jeu de Michel Bouquet, sa précision, son travail. Quant au texte très efficace mais sans génie, il  a cette puissance de laisser une question sans réponse : pourquoi Furtwangler n’a pas quitté l’Allemagne nazie?
Auteur : Ronald Harwood
Artistes : Michel Bouquet, Francis Lombrail, Juliette Carré, Didier Brice, Margaux Van Den Plas, Damien Zanoly
Metteur en scène : Georges Werler

Crédit Photos ©Programme + Affiche

 


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