2666, Julien Gosselin très en forme

12 septembre 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

C’est la grande et large reprise de la rentrée. Créée au Festival d’Avignon, l’adaptation fleuve (11H05) du roman tout aussi fleuve (1300 pages) de Roberto Bolaño, 2666 ne remplit pas son contrat. Inégale, souvent « pénible », la pièce sauvée par deux parties sur cinq (et la musique live de Shorebilly), fait douter de celui que Les particules élémentaires a érigé au rang de prodige.

Note de la rédaction :

Au commencement il y a le noir, et des cris, comme dans un long accouchement. Un homme dit que les pantins sont vivants, une femme hurle que des femmes meurent à la chaîne à Santa Térésa. Sans transition, et cela est très remarquable dans le travail de Gosselin, l’ambiance change. Nous voilà dans un espace envahi par des fauteuils New-Yorkais, où sur des chaises confortables, Jean-Claude, Manuel, Liz et Pierro, quatre universitaires spécialisés en littérature allemande, se passionnent pour la quête d’un auteur au nom cinématographique : Benno von Archimboldi. Nous sommes dans les années 90, eux quatre sont inséparables, liés par l’amour qu’ils portent tous pour Liz et leur recherche qui les amène à parcourir le monde.

De Paris au Mexique, cinq parties nous emmènent, de façon quasi indépendante dans un polar digne des Experts. Là se niche le principal problème. La sensation de se trouver face à une image marquetée pour la télévision à heure de grande écoute est troublante pour ne pas dire énervante. La vidéo est ici omniprésente, comme sur un tournage de séries. On voit les comédiens dans des cages en verre qui seront tour à tour un journal, un appartement, une maison… pendant que leurs monologues nous parviennent le plus souvent sur écran. Gosselin filme en noir et blanc, de façon très contrastée, très publicitaire.

La scénographie signée par Hubert Colas est, elle, magnifique, et elle sauve de loin l’ennui que le jeu sans cesse poussif et accéléré des comédiens provoque.  La forme toute en noir et blanc vient nous enrober et elle efface le fond, complètement. Heureusement, deux parties viennent rappeler que Julien Gosselin a un talent monstre. La troisième se concentre sur la vie de Fate, un journaliste qui part à Santa Térésa couvrir un match de boxe et qui se retrouve englué dans les histoires de meurtres. Une scène démente de discothèque offre des images encensées et tourbillonnantes. Tout fonctionne alors, le récit, le jeu et leurs transmissions. On se demande sérieusement pourquoi cette recette là n’est pas appliquée pendant les 8h de jeu (11H05 avec entracte), surtout quand la quatrième et inutile partie arrive, litanie écrite et projetée sur écran noir des noms des victimes associée à une scène infiniment verbeuse. Passons. Heureusement, la cinquième partie où Frédéric Leidgens offre un monologue percutant de salaud tueur de juifs est un bijou de mise en scène à l’élégance totale.

On retient de ce spectacle la forme superbe et  très référencée ( les blocs en verre de Warlikowski, le sang dans la chambre à gaz de Castellucci, la caméra d’un Ivo van Hove, Py et ses néons….).

Pour le reste, on espère que Gosselin calmera le jeu, permettant à ses acteurs de faire moins : moins de monologues, moins de mots, moins de cris, et ce sera bien.

2666 © Christophe Raynaud de Lage


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