« 24 heures de la vie d’une femme » au Guichet Montparnasse

2 septembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Une femme se remémore la rencontre brève et intense qu’elle fit avec un jeune homme au Casino de Monte Carlo, quelques années plus tôt. Fascinée par les mains du joueur autant que terrifiée par son comportement suicidaire, elle décide pourtant de le secourir, puis de s’enfuir avec lui en sacrifiant son honneur, sa famille, sa fortune. 24 heures d’une passion fulgurante et dévastatrice qui bouleversèrent sa vie à jamais.

Un simple banc au centre de la scène, une musique d’époque en introduction et une femme en robe bourgeoise entre et nous raconte durant 1 heure 30 ce souvenir qui lui pesait tant. Ces 24 heures de sa vie qui ont tout changé pour elle. L’intrigue est connue, une femme rencontre un très jeune homme dans une salle de jeux; Elle est fascinée par lui, croit n’éprouver qu’un sentiment maternel pour lui, découvre avec surprise qu’elle ressent autre chose de l’ordre de la passion amoureuse et emportée par ce sentiment plus « féminin » tombe dans son lit pour découvrir que le jeune homme dans un effet retour ne l’a jamais considérée comme une femme, ne l’a même jamais vraiment considérée. Par cette déception radicale et par la honte de son fragile abandon elle portera désormais le stigmate de cette histoire que seulement en la racontant elle saura se libérer. Freud et sa cure par la parole ne sont pas loin, tout prés aussi  l’hystérie féminine et ses réminiscences des dépits amoureux.

La mise en scène est invisible donc réussie. Le travail sur les lumières pétrit la tristesse, les espoirs fulgurants et la solitude de cette femme. Pascale Bouillon interprète l’Anglaise avec retenue et contenance. Elle parvient à façonner les feux mal éteints de la passion coupable entre le volontarisme de celle qui cherche comme une mère à sauver le jeune homme et la passivité de celle qui ploie, femme désorientée sous la charge amoureuse. Elle joue une femme au caractère contenu et qui ne se résout à accepter sa chute par une pente amoureuse tortionnaire. La scène de la pluie est envoûtante.

Hors l’affreuse affiche qui fait croire à un mauvais James Bond, la pièce est une réussite et une belle contribution à notre amour pour Zweig. L’adaptation et le biais choisi assurent notre plaisir. On ne s’ennuie pas, à notre tour d’être fascinés cette fois par Pascale Bouillon, à écouter l’aveu de cette femme. A la fin, plantée devant nous elle dit : - ça a été un bonheur pour moi d’avoir pu vous raconter cela, je suis maintenant soulagée et presque joyeuse… je vous en remercie. Nous avons ainsi fait office, nous le public, de psychanalyste de l’histoire, un psychanalyste que son patient, presque joyeux vient remercier, chose rare en vérité.

24 heures de la vie d’une femme de Stefan ZWEIG, avec Pascale Bouillon, et la voix de – Patrick Rouzaud, Metteur en scène : Patrick Rouzaud
visuel : affiche du spectacle


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