20ème édition du festival Marionnettissimo: interview de Chloé Lalanne

20 novembre 2017 Par
Mathieu Dochtermann
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Demain, mardi 21 novembre, le festival Marionnettissimo lance sa 20ème édition à Tournefeuille, non loin de Toulouse. La programmation inclut nombre de très beaux spectacles, dont certains peuvent se retrouver sur notre site : A travers la cerisaie, Chaussure(s) à son pied, Fastoche, Aeterna… L’occasion pour nous de nous entretenir avec Chloé Lalanne, co-directrice générale et artistique du festival, qui nous parle de la longévité de l’événement, de l’importance de ses partenaires, des choix de programmation, mais également du champ de la marionnette en général.

Chloé Lalanne, co-directrice du festival Marionnettissimo

Chloé Lalanne, co-directrice du festival Marionnettissimo

Toute La Culture : Ce sera cette année la 20ème édition du festival Marionnettissimo. C’est une admirable longévité !

Chloé Lalanne : C’est la 20ème édition, et le festival existe depuis 27 ans. C’est vrai que Jean Kaplan [NdA: l’un des fondateurs du festival et son ancien directeur] a réussi à créer un réseau de lieux partenaires sur toute la Haute Garonne, qui sont très attachés à ce festival : on arrive à accueillir ensemble des spectacles qu’on n’arriverait pas à accueillir tous seuls. Du coup, cela fait que le festival a pris de l’ampleur… Ça a été différents combats. Au début, le festival était un peu sans domicile fixe, il se déplaçait entre différents endroits, jusqu’à ce qu’il soit accueilli par la ville de Muret. Maintenant, il est accueilli à Tournefeuille. Il y a eu différentes phases, qui font que nous sommes encore là aujourd’hui.

TLC : Du fait de ce long parcours, Marionnettissimo est devenu, au fil du temps, une référence en matière marionnettique.

Chloé Lalanne : Oui, c’est un des deux gros festivals du Sud-Ouest, avec Mima. Je peux le dire parce que ce n’est pas moi qui l’ai fait : Jean [Kaplan] a réussi à en faire un événement de référence, en faisant venir des compagnies un peu de partout. Il avait un certain flair pour découvrir aussi des nouveaux talents.

TLC : Le réseau de partenaires dont vous parliez vous permet de mailler assez largement le territoire autour de l’agglomération toulousaine. Vous nous dites qu’ils sont essentiels à la survie du festival. Ils vous permettent aussi de mettre les spectacles à portée d’un public aussi large que possible, en faisant tourner les compagnies sur plusieurs lieux de représentation…

Chloé Lalanne : C’est sûr que c’est très important pour nous, comme chaque salle a son public, qu’on puisse toucher un maximum de gens. Aussi, historiquement, le travail avec les lieux partenaires a commencé parce que, il y a presque 30 ans, les programmateurs ne connaissaient pas vraiment la marionnette, et du coup Marionnettissimo a vite été une référence en matière de spectacles de marionnettes contemporains et de qualité. Donc il y a beaucoup de lieux qui ont fait appel à Jean [Kaplan] pour accueillir des spectacles, et de fil en aiguille c’est devenu aussi un fonctionnement qui permet programmer des spectacles qu’on ne pourrait pas du tout accueillir si on était seuls.

TLC : Si on devait tenter de résumer la programmation de cette 20ème édition en quelques mots, quels seraient-ils ? C’est sans doute une question très dure que je vous pose là !

Chloé Lalanne : [rires] Comme d’habitude il y aura des spectacles pour tous les publics, que ce soit des spectacles exclusivement adultes, ou des spectacles familiaux. Il y aura des formes extrêmement variées, allant de la marionnette très identifiable, proche de la tradition, jusqu’à des formes beaucoup plus contemporaines de manipulation autre : de matières, d’objets, d’images, etc. La diversité des œuvres proposées va de spectacles d’une simplicité extrême à une technicité très poussée sur le plateau. Il y a des spectacles qui se jouent au coin d’un bar, il y a des formes grand plateau qui demandent des heures de montage… C’est extrêmement varié !

TLC : Quels sont les critères que vous suivez pour choisir les spectacles que vous accueillez ?

Chloé Lalanne : C’est vraiment majoritairement au coup de cœur, au feeling, à l’envie. On a un comité de programmation, on voit tous beaucoup de spectacles. C’est très rare qu’on se donne des directives : en général on a pas de thème prédéfini sur le festival. Parfois il y a un thème qui se dégage, assez rapidement, et du coup on essaie de le suivre et de se donner un axe de programmation… On commence par les coups de cœur, et ensuite on prend du recul, mais ce n’est pas du tout une contrainte de base. On se fixe en tous cas tous les ans l’objectif de montrer toute la diversité du champ qu’est la marionnette, avec une grande variété des techniques employées, tout en gardant cet aspect manipulation toujours bien en tête. Et puis, depuis que Jean [Kaplan] n’est plus le seul directeur artistique du festival, on est plusieurs à faire la programmation : c’est donc de plus en plus varié au niveau des spectacles !

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TLC : Est-ce qu’il y a aussi, dans l’élaboration de la programmation, une volonté d’ouverture à l’international ?

Chloé Lalanne : Oui, c’est une volonté de pouvoir montrer à notre public des spectacles qu’on a pu voir dans d’autres festivals ou à l’étranger et qu’on a envie de faire venir. L’aspect international est très important, mais il est plus ou moins marqué selon les années : cette année, on a des représentants de l’Espagne et de la Belgique, par exemple.

TLC : Y a-t-il une attention particulière à programmer des compagnies de la région Occitanie, et de les mélanger à ces spectacles venant de l’étranger pour aboutir à un résultat équilibré ?

Chloé Lalanne : Vraiment, on fonctionne au coup de cœur, on invite les compagnies qu’on découvre et qu’on a envie de faire venir. On arrive à faire venir des compagnies de l’étranger et d’autres de France, et c’est génial. Après on essaie aussi de faire la part belle aux compagnies régionales, qui font un beau travail, et du coup on a toujours une bonne partie de la programmation qui repose sur elles, parce que c’est aussi notre rôle de les faire découvrir. Et puis on programme des compagnies de partout ailleurs en France. On ne s’impose pas de quotas, mais cela finit toujours par se passer comme ça, naturellement.

TLC : Vous avez plusieurs fois évoqué le nom de Jean Kaplan, l’ancien directeur du festival. En 2016, il a confié à l’équipe en place cette direction de Marionnettisimo. Est-ce que cela a changé les choix faits pour le festival ?

Chloé Lalanne : C’était un choix de ne pas changer le festival, on a de vraies affinités avec les goûts artistiques de Jean [Kaplan], donc on a voulu garder la même ligne artistique. Ensuite, on amène des petits changements. Par exemple, on essaie de faire un peu plus de soirées festives Par contre ce qui change c’est le projet autour du festival. On essaie de mettre en place une programmation en saison. On est aussi organisme de formation professionnelle, et c’est un point que nous essayons de développer. On fait énormément d’actions culturelles, auprès de tous les publics. On essaie aussi de développer le soutien à la création, même si c’est difficile puisque nous n’avons pas notre propre lieu… Le projet de la structure c’est le développement de la marionnette contemporaine, et ça ne passe pas que par le festival !

TLC : Terminons sur cette idée de développement : est-ce que vous sentez un regain d’intérêt pour la marionnette ces dernières années ?

Chloé Lalanne : Je sens que l’intérêt est grandissant, les programmateurs sont de plus en plus attentifs à la marionnette d’année en année, des artistes d’autres disciplines artistiques s’emparent de la marionnette pour enrichir leurs créations… En ce moment, la marionnette commence à être un peu à la mode… et c’est tant mieux ! On le voit aussi au niveau des bénévoles : on a cette année beaucoup de jeunes étudiants qui viennent pour la première fois nous rejoindre…

TLC : Est-ce que cela a changé quelque chose aux rapports avec les pouvoirs publics, les financeurs… ?

Chloé Lalanne : Depuis que le Ministère a annoncé que la marionnette était désormais un champ artistique à part entière, avec la création de centres nationaux de la marionnette, un budget dédié… les institutionnels sont beaucoup plus attentifs, même si nous avons la chance d’avoir des interlocuteurs qui, à la base, étaient déjà très ouverts. De manière générale, on sent qu’en ce moment la marionnette est dans le viseur des politiques.

TLC : Merci beaucoup d’avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions… et bon festival !