Un « Petit Psaume du Matin » de Josef Nadj bouleversant à l’Institut Culturel Irlandais

19 juillet 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Figure de proue du festival Paris Quartier d’été pour cette édition 2016, Josef Nadj, artiste protéiforme expose des photos (Inhancutilitatem, du 21 au 29 juillet aux Bernardins) et reprend avec Dominique Mercy, jusqu’au 23 juillet 2016, dans la cour du Centre Culturel Irlandais, une de ses performances cultes, créée en 1999 à Avignon : Petit Psaume du Matin. Il s’agit d’une mise en mouvement de la grande solitude du nombre 2, qui n’a pas fini de nous marquer et de nous émouvoir. 

Note de la rédaction :

Plus de quinze ans après sa création aux Sujets à vif du festival d’Avignon (1999), Josef Nadj et Dominique Mercy reprennent leur chorégraphie ritualisée et leur compagnonnage de Petits Psaumes du matin. Ça s’est passé au CCN d’Orléans et se déroule à nouveau toute la semaine au festival Paris Quartier d’été. A l’origine du projet, il y avait une commande et il devait y avoir un solo : celui de Dominique Mercy qui a demandé cette pièce au danseur de Pina Bausch et peintre, photographe, génie de la matière. Puis Nadj s’est glissé sur scène, mais le pas de deux flirte toujours tragiquement avec un solo qui fend le cœur et l’âme. Plus de 15 ans plus tard, dans le cadre justement beckettien de l’Institut Culturel Irlandais (le programme de Paris Quartier d’été se réfère avec justesse au voyage du couple solitaire formé par Mercier et Camier, dans le roman de 1970), dans une grande cour qui tient à la fois du lycée parisien classique et du voyage hors de la capitale, Nadj et Mercy arborent un casque blanc, et les corps -toujours aussi élastiques- semblent encore se rapprocher de la ligne sculpturale d’une pièce de Giacometti.

Sur fond sonore – subtil et discret – qui va du Cambodge à l’Egypte en passant par des silences, un son plus western ou des rythmes slaves, ils se lancent dans un grand voyage à deux. Comme toujours chez Nadj, la matière est très présente : le feutre du manteau, le verre de vin unique que partagent les copains et puis les chaises de Pina où l’on s’assoit et où l’on tombe. La sueur aussi est là, en ce jour d’été parisien, où les mouettes chantent, et où les chemises grises se trempent des mouvements de la célébration. Si la poussière est présente, grossie, qu’ils balaient pour commencer, la glaise, la terre, l’épaisseur n’ont rien à voir avec celle qu’on peut trouver plus récemment dans des spectacles de Nadj comme Atem.

Dans le spectacle étrange fascinant qu’est ce rituel à deux, tout est émacié, tout tient sur un fil : la tendresse d’abord, avec une pieta inaugurale où Nadj attrape dans son giron Mercy lové dans sa chaise. La lutte ensuite avec des corps à corps gris et ocres, où les portés sont à la fois proches, lointains, généreux et combatifs. On est enfin témoin de la distance et l’alternance dans des jeux de rôles où l’un et l’autre habitent puis quittent  la scène large et évidée. Quant l’un tombe, l’autre semble reprendre des forces, jusqu’au moment où leurs voix résonnent de concert, dans une étrange messe qui culmine calmement avec une séance de maquillage blanc et chapeau noir. Clic clac, le lutin de l’appareil photo Kodak de Nadj et Jean-Paul Goude a perdu toutes ses couleurs, grand enfant délavé et héros d’une comédie humaine poignante. La louange est un chant où règne la solitude, même à deux, même quand ces deux êtres  sont tout l’un pour l’autre.

Petit Psaume du Matin n’a rien perdu ni de sa beauté, ni de son mystère, ni de l’émotion qu’il suscite dans un gradin comble et comblé. A voir absolument, s’il reste des places et si vous êtes à Paris cette semaine.

visuel : ©Séverine Charrier


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