Le randonnée sans fin de Ivana Müller aux Inaccoutumés

22 novembre 2017 Par
Yaël Hirsch
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Du 21 au 23 novembre, dans le cadre du Festival Les inaccoutumés, Ivana Müller, artiste résidente 2017 à la Ménagerie de Verre propose une performance montagnarde et hypnotique « pour quatre humains et une plante ». Par-delà les cimes des banalités, on achève bien l’ennui dans ces Conversations déplacées aux mouvements lents et sans fin.

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Quand le public prend place dans le cocon bétonné de la Ménagerie de Verre, un arbre d’altitude leur tend déjà des épingles. Nuit alpine et la lumière se rallume sur quatre randonneurs qui font du sur place en mouvement.

Marchant sans but ni verticalité forcée, Hélène Iratchet, Julien Lacroix, Anne Lenglet et Vincent Weber échangent les banalités que l’on se dit quand on part en randonnée entre amis et qu’on se donne même le temps de ses perdre.

Régulièrement, ces conversations déplacées sont ponctuées par un écran qui bat la carte des temps comme un jeu de Tarot et l’on comprend vite que, même si l’une d’eux est juchée sur des talons, les danseurs sont partis pour des mois, des années. Partis pour toujours ? En tout cas les danseurs sont condamnés à mimer le mouvement par l’équilibre ! Sur un pied, sur le flanc, penchés, ils escaladent au ralenti les mots du quotidien.

Partir ou revenir, ce qui manque du foyer ou de la vie urbaine, susciter le désir, des souvenirs d’enfance, des considérations sur l’identité, l’odeur des plantes, lesquelles sont comestibles, qui va chercher l’eau et des pauses démocratiquement adoptées pour jouer à des jeux imaginaires se succèdent sans se précipiter. Pendant ce temps (et sans temps),  la nourriture s’épuise, le dentifrice disparaît et même l’un des randonneurs peut être amené à manquer à l’appel des amis. Pour suivre celui de la forêt ? Un « Hunger games » mode suisse ou croate à la violence lente et aux mouvements doux, dont on sort étrangement apaisé.

Photo : YH