Radio Vinci Park, Chaignaud et Bourny dans un corps à corps baroque

25 mars 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Baise-la.  Pourquoi tu la baises pas ? Pourquoi tu bouges pas ? Pourquoi, dans la Ménagerie de Verre re-transformée en garage, toi, Cyril Bourny, sur ta moto, casque vissé, corps serré, pourquoi, Cyril, tu bouges pas face  à François Chaignaud, cette créature sur talons de 10 ?   Étrange Cargo… le festival a ici atteint le Graal avec Radio Vinci Park cette pièce performative et chorégraphique où il est question de lutte acharnée pour assouvir un désir.

Note de la rédaction :

Avant, au 12 rue Lechevin, il y avait un parking. Un parking avec de la musique classique qui vient vous angoisser plutôt que vous rassurer. Un parking où une gonzesse  aime pas aller seule.  Dans l’antichambre, il y a Marie-Pierre Brébant qui joue du Clavecin dans une salle à la lumière confortable, et aux jolis tapis posés au sol. Puis, on entre dans l’arène. Des barrières en métal délimitent le plateau. Théo Mercier a mis en scène cet objet fou. La bande son est dans la voix du danseur, chorégraphe et chanteur François Chaignaud.  Purcell, Mozart, Haendel, Dowland…. Baroque, 100 % Baroque. Tout est baroque ici.  Oui, absolument baroque.

Il y a d’abord cette présence du public en arène, agglutiné. Il y a  François Chaignaud qui surgit en vestale aux articulations ponctuées de clochettes en bois. Il est maquillé comme une voiture volée, il a les ongles longs, et aux pieds, des escarpins exubérants à bouts ouverts.

François Chaignaud travaille depuis maintenant dix ans l’apport du populaire dans la danse et l’insertion de la grammaire classique dans la performance. Il s’est intéressé aux Danses libres d’Isadora Duncan, au Voguing, au Twerk... et ici  il nous entraîne dans une peinture de Rubens. Dans un pas de deux machine-contre-travesti. Il y a du débordement. La tension entre eux envahi l’espace, c’est exubérant en même temps que totalement dépouillé. Il y une rencontre, dans un parking, la nuit. Il y a la danse de Chaignaud, qui vient offrir à la brute une parade amoureuse démente faite de saluts, de coups de poings sur le torse, de torsions de chevilles extrêmes, de rebonds. Comme toujours, il offre une danse extrêmement physique avec des prises de risques extrêmes. C’est la mise en danger permanente qui rend la scène infiniment attractive.

Et Chaignaud ira au bout, prêt à tout pour séduire la bête. Prêt à escalader, prêt à perdre l’équilibre, prêt même à se faire écraser.

Radio Vinci Park est une expérience totale qui nous plonge face à nos fantasmes, nos projets, nos démons. Cette parade qui vient mêler les époques et les genres, est à la fois sublime et laide, vile et pleine. C’est un bijou, un objet rare.

Le Festival l’Étrange Cargo se prolonge jusqu’au 9 avril.

Visuel : Theo Mercier – Radio Vinci Park ©Erwan Fichou


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