Les débris fantasmés de Kate Moran, Rebecca Zlotowski et Bertand Bonello à l’Étrange Cargo

16 mars 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

C’est jour de fête.  Le très rafraîchissant festival l’Étrange Cargo est revenu. Aridité et trouble sont au rendez-vous jusqu’au 9 avril à la Ménagerie de Verre. En ouverture, Kate Moran a augmenté son Contrechamp/Draft créé pour un Sujet à Vif au Festival d’Avignon 2015. Elle ajoute au duo de création qu’elle composait alors avec la réalisatrice Rebecca Zlotowski, un autre cinéaste, l’esthète Bertrand Bonello
Note de la rédaction :

Il y a le plateau blanc radicalement immense de la Ménagerie ici infusé de rose. Un « régisseur  » son accompagne la longue dame blonde vêtue d’un tailleur-pantalon à jambes larges et veste croisée de Dries Van Noten qui rappelle fortement Saint-Laurent. Elle ère dans l’espace quasi vide et manipule le néant d’un monde à la fois fantasmé, oublié et dénaturé. Les vieux films, le Palace, la mort de Brian Jones des Stones. Qu’est-ce qui fait que quelque chose reste. Sa disparition semble répondre Moran, Zlotowski et Bonello. L’idée n’est pas neuve que le refus et la perte créent la sublimation.  Alors, comment survivre dans la mémoire d’un autre, à la façon d’un voyageur inconscient. être l’épitaphe de l’autre nous dira Kate munie dans la seconde partie d’un livre-lumière.

Étrange spectacle. A la fois mortellement chiant et magnifiquement percutant. Une leçon de vide remplie par un rien hypnotique. Elle semble brasser du vent à ressasser d’éternelles comptines. Et pourtant. Est-ce que dans le domaine de l’intime autre chose ne compte que de ne pas disparaître complètement,   »compter » pour l’autre ? Qu’est-ce qu’il reste ? Une attitude, un déhanché, une main posée sur la taille, une façon d’enlever ses talons ?

Kate Moran a une présence totalement irréelle, captivante et fantomatique. Elle aurait pu être une héroïne des années 70. Elle semble remonter les escaliers de chez Régine une dernière fois. On se souvient d’elle, tout aussi troublante dans Les rencontres d’après minuit

La mise en scène ici se résume à une mise en circulation du mouvement, ni théâtral, ni chorégraphique. Finalement, ce que nous livre le trio est une leçon de spleen sur le glamour perdu.  Le résultat est élégant, fait de touches qui restent.  Un désenchantement du monde dirait l’autre, dans sa version plus nocturne.  Pas mal en fait.

Errance désabusée au cœur d’un monde qui n’a jamais existé. Désir impossible à assouvir d’exister for ever. ‘D’habiter le cerveau de l’autre ».  Fantasme d’une relation amoureuse vidée de culpabilité, prise au piège de la liberté totale. Contrechamp/ champ charrie des mouvements plus sérieux qu’ils n’y paraissent. En laissant passer les heures après avoir vu le spectacle, oui, la pièce est un vraiment un étrange cargo qui malgré son poids, tangue.

Visuel :©Christophe Raynaud de Lage


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