La parole des morts s’ecoute dans le Garden Speak de Tania El Khoury

5 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le Festival de Marseille a changé et la direction toute neuve de Jan Goossens se fait sentir. Ce « vieux » festival de danse intègre désormais une part considérable faites aux formes hybrides. Jusqu’au 16 juillet, l’installation performative de Tania El Khoury glace le sang en même temps qu’elle vous ordonne de rester du côté des vivants.

Note de la rédaction :

Comment résister quand on est une artiste, née au Liban ? En faisant ce genre de choses surement.  Gardens Speak est une immersion dans un cimetière. Et pour rendre visite aux morts, que vous soyez croyant ou pas, et peu importe de quelle religion, vous y retrouverez vos rituels, même ceux qui vous dépassent. Il est impossible pour un juif par exemple de sortir d’un cimetière sans se laver les mains et les bassines qui s’offriront à vous auront selon vos identités des destins différents. Pour l’instant, vous avez vu ces bassines, vous ne les avez pas touchées et vous portez maintenant un long imperméable transparent. Vous entrez.

Il fait sombre mais un gardien du temple est là : Théo ( Quand on pense, s’appeler Dieu pour garder des tombes, même fausses, cela ne manque pas d’humour ). Il nous confiera que les spectateurs très acteurs ici réagissent tous de façons différentes. Il y a de la ferveur, il peut y avoir des pleurs, et même de la violence.

Dix pierres tombales, ici en bois se font face, cinq de chaque côté. Au centre il y a de la terre. Et aux quatre coins, des petites lumières. Les voix des morts remontent et nous appellent, chacun viendra se coucher sur le défunt qui lui a été destiné.
Ensuite, c’est personnel. Chacun ramènera dans son cœur une histoire sans savoir ce que l’autre a « eu ». Pour nous ce fut Musfata, mort le 16 novembre 2012, résistant pacifique contre le régime de Bachar el-Assad, amoureux de Mara. Un étudiant, un mec bien, qui ne savait même pas ce qu’était l’Etat Islamique. Il est mort explosé par un missile à Alep.

Il parle au présent, il raconte sa mort. Ce texte n’est pas une fiction, il est le résultat de témoignages que Tania El Khoury qui vit aujourd’hui à Londres a recueilli. Elle reconstitue les cimetières clandestins qui sont légions en Syrie. Il n’ y a ici aucune manipulation, aucun misérabilisme. La metteuse en scène nous confronte un par un, chacun des dix spectateurs maximum que compte cette étrange jauge qui n’a rien de morbide, à ses propres deuils, à ses propres démons. Chacun devient alors le détenteur d’une mémoire et personne ne peut oublier ce qu’il a entendu.

Faire une installation, immersive n’est pas chose aisée, mais ici la réussite est totale. On sort de là bouleversés, totalement transpercés. Pendant une heure, le temps est suspendu, et l’on prend plaisir à s’allonger sur cette terre-là, et à se souvenir de la vie que l’on vient d’entendre et qui désormais nous appartient un peu.

Informations pratiques :
Du jeudi 30 juin au samedi 16 juillet
15:00 / 16:00 / 17:00
fermé les dimanche 10 et jeudi 14 juillet, au Théâtre Joliette-Minoterie, 5 €.

 


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