La déclaration d’amour de Tiago Rodrigues au Théâtre de la Bastille

10 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 1 commentaire

Le directeur du Théâtre National de Lisbonne, Tiago Rodrigues s’est emparé du Théâtre de la Bastille le 11 avril pour 68 jours. 68, la référence à Mai est évidente. Ce qu’il nous reste de la révolution pour paraphraser le titre d’un spectacle du Collectif du doute, c’est peut être Tiago Rodrigues qui presentait ce soir le total et fou Ce soir ne répétera jamais.

Note de la rédaction :

Tiago Rodrigues est l’homme qui avait mis en scène Antonio e Cleopatra, le spectacle qui avait réveillé un Festival d’Avignon 2014 endormi. C’est lui qui avait fait apprendre By Heart aux spectateurs, déjà du Théâtre de la Bastille, un sonnet de Shakespeare pour que sa grand mère aveugle puisse le lire dans sa tête. C’est lui qui il y a quelques jours rejouait le procès de Flaubert au sujet de Madame Bovary

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Dans le cadre d’Occupation, il propose trois grands soirs, comme celui du 10 mai d’il y a presque 40 ans. Ce soir ce jouait le premier soir de ce grand soir. Et nous voilà, scène folle, spectateurs réels et spectateurs-acteurs, vrais comédiens, vrais metteurs en scènes et amateurs passionnés, rassemblés, serrés dans le hall de la Bastille quand Jacques Bonnafé ouvre une cérémonie d’offrandes. Dehors, Tiago Rodrigues, sous le regard et l’écoute des CRS, délivre des paroles de spectateurs. Le transfert est total entre les mots et nous. Car ici, ne sont présents que des amoureux du lieu et du spectacle vivant. On rit à des sentences telles que « on ne se souvient que des spectacles que l’on a raté ».

Ensuite, la soirée sera une déclaration d’amour au regard du spectateur, volontiers celui du Théâtre de la Bastille ( ex manufacture au XVIIIe siècle, puis cinéma muet, puis cinéma de Western ( des rumeurs disent même : porno !), puis théâtre, et re théâtre, jusqu’à 2008 pour arriver à ce que l’on connait aujourd’hui. C’est Patrice, le directeur technique qui raconte)

Si vous étiez un spectacle, vous seriez lequel ? Pas évident ? Les « comédiens » sur le plateau portent des pancartes de fortune sur-lesquelles on peut lire Jerk, Les Éphémères, Celui qui tombe….Dire une pièce en un geste comme l’avait fait Yuval Pick pour le ballet d’ouverture des trente ans des Centres Chorégraphiques Nationaux, ou un témoignage, à la façon de Cour d’Honneur de Jérôme Bel est d’une émotion forte sans être mélodramatique.

Il y a beaucoup d’humour, d’amour et de liberté. Si vous étiez patients, un homme vous aura raconté un secret dans une pièce dont vous ne soupçonniez pas l’existence, vous aurez écouté David Geselson lire la pensée révolutionnaire d’André Gorz. Vous aurez vu Irène, la charmante attachée de presse du Théâtre envahir le plateau de photos de spectacle et entendre Tiago lire du Lagarce et prononcer cette phrase : Ne laissez pas l’inquiétude devenir votre premier engagement.

On a dit libre.

Visuel ; ©ABN


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