Jocelyn Cottencin fait des monuments vivants

22 avril 2016 Par Araso | 0 commentaires

Ultra-radicale avec un casting de rêve, la performance « Monumental » du plasticien Jocelyn Cottencin dessine des monuments humains et fait des tableaux de chairs et de pouls pour deux soirs consécutifs au Centre Pompidou. A voir pour s’ouvrir l’esprit absolument. 

Note de la rédaction :

Un Radeau de la Meduse, des Bunkers, des citadelles avec leurs croix, leurs gardes et leurs oriflammes, des vierges et des madones michel-angéliques… Jocelyn Cottencin demande à des monuments de la danse de créer des monuments humains, des tableaux vivants, de retracer le chemin émotionnel, intellectuel et physique qui mène de l’idée au résultat.

Les interprètes font leur entrée sur le dézingant « Feel » de Ty Segall. On distingue Mickaël Phelippeau, Nuno Bizarro (collaborateur fétiche de Boris Charmatz) et le militant Matthieu Doze. Pour l’occasion, le plateau de la grande salle de Beaubourg est squatté pour y disposer le public, autour d’un espace rectangulaire délimité des baguettes et des vêtements posés en nuancier: jaune, bleu, vert et orange. Ce colorama, c’est les coulisses, dans lequels les performeurs, souvent nus, se changeront dans le public, entreront et sortiront de leurs « personnages ». Dans ces vêtements il y a le ciré jaune petit bateau, l’anorak rouge uniqlo, la minijupe en lamé de Rihanna, des baskets bleu pétrole, une côte de maille de visage…

Comme des pions sur un jeu d’échecs, les douze apôtres (six hommes/six femmes) se positionnent et se déplacent en calculant, pesant chacun de leurs pas. Régulièrement, l’un d’entre eux annonce la couleur de ce qui est en train de se passer ou de ce qui va suivre « Mercure », « guetteur », « triangle »… Très souvent, le public ne comprendra pas ce qui est dit. Peu importe: on voit, on réfléchit, on doute, on interprète.

Cette écriture ultra-radicale qui part d’un film est un travail en profondeur jusqu’à la racine des images. C’est l’anti-instagram, ce défilé permanent sur le tapis-roulant du zapping (la Fondation d’entreprise Hermès en est le sponsor). Dans ces remous humains, dans ce tissu vivant on redécouvre Rodin en penseur halluciné dans un fabuleux travail sur les mains et les pieds, l’immobilité, la position des doigts. On regarder Mickaël Phelippeau entrer dans un penseur, suivre sa main du regard, entrer en lui-même. On voit comment on entre dans une posture, comment on crée la perspective avec des bâtons, littéralement, on pèse la difficulté de figer une force en mouvement.

Quand vient « 14-18″ puis « la paix »: c’est un tas de débris qui est mis en chair. Comme si pour avoir la paix il faut avoir connu la guerre, puis faire un massage cardiaque à un amas de corps sans vie et tout ira mieux. Sauf qu’à la fin, c’est tout un coeur qui pulse sous les débris, et c’est génial.

Visuels © DR

Rencontre le 22 avril :
À l’issue du spectacle, rencontre avec Jocelyn Cottencin pour une conversation et un échange avec le public.
Gratuit, accueil prioritaire pour les détenteurs de billet du spectacle.

Conception : Jocelyn Cottencin
Performeurs : Katerina Andreou, Yaïr Barelli, Nuno Bizarro, Bryan Campbell, Ondine Cloez, Volmir Cordeiro, Matthieu Doze, Madeleine Fournier, Yves-Noël Genod, Elise Olhandeguy Carole Perdereau, Mickael Phelippeau, Agnieszka Ryszkiewicz

Coproduction scénique : Musée de la danse
Coproduction film : Musée des beaux arts de Calais, Frac Basse-Normandie, Sainsbury Center for Visual Arts (Norwich)
Production déléguée : Météores


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