Igor, Moreno et Ben Duke invitent le burlesque au Théâtre de la Ville

7 mars 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Le théâtre de la Ville entraînerait-il ses spectateurs au rythme du Festival d’Avignon ? Ce soir ce sont deux pièces totalement indépendantes qui s’enchaînent pour une soirée déjantée ayant pour fil conducteur l’humour le plus désespéré. 

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Igor&Moreno, Idiot-Syncrasy : reculer pour mieux sauter

Ce duo composé du basque Igor Urzelai et du sarde Moreno Solinas est basé à Londres. Au commencement, à la racine de ce spectacle irrésistible il y a la recherche d’un point commun entre les danses traditionnelles sardes et basques. La clé se trouve dans le saut. Alors on pense tout de suite au travail de Jan Martens et son incroyable The Dog days are over  où il imposait à ses danseurs un sur-place épuisant fait de rebonds.

Ici, il n’y a pas de notion de mise à mort mais plutôt le délicieux tour d’une proposition démente : comment se déplacer sans jamais marcher, comment tout faire, y compris servir à picoler à tout le public sans jamais arrêter de sautiller ?

 La flexibilité des chevilles et l’appui de la voûte est ici un art fragile. On rit face à l’absurde de la situation. Mais Idiot-Syncrasy n’est pas juste une plaisanterie, ces deux-là s’amusent des codes de la danse, invitent un vrombissement et calment la lumière. Le saut amènera au cercle et le geste ressemblera alors au Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker.

Ben Luke, Paradise Lost, le rire comme sauveur

Après vingt minutes d’entracte on passe au numéro de stand-up biblique de Ben Luke,cet artiste tout terrain, formé à la littérature anglaise, au théâtre et à la danse. Il rassemble tous ses talents sur un plateau blanc, rond comme une île où s’inviteront une chaise, une corde et un arbre. Ben Luke se lance dans une adaptation très libre et très drôle de Paradise Lost de John Milton. Son idée de départ est que personne ne l’a lu. Il provoque un sondage dans la salle des Abbesses et effectivement, son postulat s’avère exact.

A la façon d’un show-man il s’amuse de se retrouver en Europe, faisant allusion au Brexit. Son spectacle tient sur un fil : raconter la création du Monde, ou de ce monde qui tourne mal plutôt. Et si au départ Dieu et Lucifer étaient amants ? Et si Ève n’avait pas de désir d’enfants ?

Le résultat aurait pu donner le pire spectacle de boulevard du Off d’Avignon mais il n’en est rien. Ben Duke est brillant et sait alterner des déclarations rapides avec des temps de danse volontairement figuratives. Le résultat est bien sûr une satyre des fous de dieu.

Sans tout dire, il faut tout de même saluer la façon dont il sait calmer le jeu et nous faire entendre que ces conneries prises au sérieux sont dramatiques. Il fait de nous les errants qui viennent de quitter le jardin d’Eden, pour le rire et pour le pire.

Visuel : Théâtre de la Ville


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