Fruits of Labor: la pilule du bonheur de Miet Warlop

8 décembre 2016 Par
Araso
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Pour deux premières dates en France, l’ovni belge Miet Warlop s’est posé à la Villette. Sa performance Fruits of Labor est un spectacle inattendu, rafraîchissant dans lequel on entre sans attentes et on ressort légèrement ébouriffé et le sourire en bandoulière. 

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Il est bien difficile de dire ou commence et ou finit ce qui suit. L’artiste plasticienne Miet Warlop a fait ses classes à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand «où elle a étudié l’art tridimensionnel» nous apprend la feuille de salle. Son spectacle de fin d’études, Huilend Hert, («Cerf en pleurs» ou «Cri de Cerf» selon les traductions) a remporté pas moins de deux prix. On l’imagine improvisant des performances partout dans l’école et décider arbitrairement que tout doit faire art.

La performance débute dans la pénombre. Miet se tient debout sur une estrade, tournant au ralenti sur elle-même vêtue d’une combinaison de gros sequins argentés. Elle est la femme-boule à facettes. En contrebas, assis dos au public face à des caisses claires devenues tables de cabarets, ses performeurs lui font face tandis qu’un musicien au visage christique et à la silhouette famélique produit un rock enveloppant de bonne facture derrière sa batterie. Esprit cabaret. Huit morceaux joués en live se succèderont.

La suite est une succession totalement absurde d’évènements aussi insolites que délirants. La star du show est un bloc de polystyrène géant multi-usages, tour à tour bolide, taureau, harpe, autel, et croix du calvaire. Une immense boule blanche qui semble téléguidée viendra ça et là chatouiller les orteils du public au premier rang, toujours au même endroit. Tandis que des fumigènes dégagent  en arrière scène une singulière odeur de barbecue, se déroulent des saynètes qui évoquent aussi bien la religion que le terrorisme, la politique ou les media sociaux. Les sujets les plus graves sont exorcisés comme par magie tandis que l’habile jeu de tous les contrastes provoque des spasmes de rire dans le public. Les chansons sont hilarantes, cocktail explosif de paroles (dommage toutefois pour le public non-anglophone et/ou non-germanophone, elles ne sont pas traduites) et d’interprétation. Ainsi va de Psychosis in Opera en «mauvais allemand» comme le précise la didascalie:

«Attendez un moment
Attendez une minute
Je ne me sens pas très bien
(…)

Oh non, oh non, 
Vous êtes trop près
Ou bien es-tu vraiment si grand»

Le final est un feu d’artifices – génial slow motion façon hyperlapse et aspirateur-doigt.

Le tout mobilise un ensemble de performeurs de très haut niveau, interprètes, musiciens, créatifs, sans oublier les sculptures de Barbara Vackier. Sous ses apparences de psaume dadaïste et dans la droite lignée de la dramaturgie d’un Va Wolfl (que l’on voit décidément trop peu souvent), Fruits of Labor a tout pour séduire le public tous azimuts, à condition qu’il se laisse porter.

Visuel © Miet Warlop

Performance vue à la Villette, en représentation les 6 et 7 Décembre 2016. Et excellente nouvelle, le spectacle fera l’ouverture du prochain festival d’Artdanthé le 25 février au théâtre de Vanves.