« Framed » : Johanne Saunier & Ine Claes décadrent notre société de surveillance à Paris Quartier d’été

16 juillet 2016 Par Yaël | 1 commentaire

La 27 édition de Paris Quartier d’été a commencé en musique, jeudi 14 juillet et se poursuit avec de la performance. Cette année, les chorégraphes Johanne Saunier et Ine Claes ont carte blanche, avec leurs ballets confidentiels et toute une série d’interventions dans la ville. Pour la création Framed, les deux danseuses belges forment un trio avec l’acteur, compositeur et percussionniste, Richard Dobelski, dans un spectacle très actuel sur les cadrages et la surveillance. Pour la première, ce vendredi 15 juillet 2016, Framed nous a ouvert une réflexion chantée et dansée  sur les limites qu’on s’impose… Un plein air jouissif.
Note de la rédaction :

La cour de l’hôtel de Salé est pleine de familles, de danseurs, de parisiens en mal d’Avignon, venus voir de la création un vendredi du 14 juillet. Il est 20h, le soleil porte encore beau et l’on attend avec impatience un « Ballet confidentiel » qui résonne fort (mais qu’est-ce qui ne résonne pas ?) avec l’actualité. A partir de textes de Martin Crimp et du compositeur Georges Asperghis, Johanne Saunier et Ine Claes proposent des sons et des mouvements qui interrogent la manière dont on accepte de se laisser encadrer : Pour plus de sécurité, l’on accepte d’ »écarter les jambes » (titre du texte de Crimp) et de se laisse plaquer au mur et fouiller : « Je ne cherche pas d’ennui avec l’aéroport / Si l’ordre sonne j’écarte les jambes ».

Sur scène : 7 cadres de couleurs et tailles différentes, trois voix et surtout trois corps, les femmes en robes d’été fendues pour libérer « les jambes », baskets et surtout micros-cravate visibles scotchés au bras, comme un avant-goût de biopouvoir… Dans la scène inaugurale, l’homme parle de « voir », mécaniquement, à l’endroit, à l’envers et un peu comme à regret. Les deux femmes l’entourent de leur corps, le masquent de cadres, l’encadrent comme un suspect qu’on veut rendre coupable…

Alors que Johanne Saunier a travaillé pour et avec Anne-Teresa de Keersmaeker, le travail sur la répétition du mouvement et son évolution fonctionne parfaitement bien avec le thème paranoïaque de la pièce. Les jeux de miroirs en vertical et horizontal, également. L’humour, lui, vient du cadre, de son débordements, de la manière dont l’objet se glisse – comique- autour du cou d’un des performeurs, ou dont il met en exergue – burlesque- le cul, les hanches ou la main, d’un autre d’entre eux.

Mais la grande originalité du spectacle est l’utilisation de la voix et du corps pour faire une bande-son très originale et très oppressante : résonnant en anglais et en français, chantés par Ine Claes, saisis sur le mode « ska » par Richard Dobelski ou prononcés comme un discours politiques par Johanne Saunier, les mots de Crimp sonnent et résonnent avec les bruitages de percussions contre les cadres et contre les corps. Quant à ceux d’Asperghis, ils deviennent tout simplement : de la musique!

On rit, on réagit aux proclamations les plus toniques « Il n’y a rien de politique à propos de mon corps. J’admire l’Etat », on se laisse porter par le mouvement, on se laisse séduire et on désire plus d’abrupt et de nudité dans une fin lente qui joue avec nous comme… poseurs de cadres et voyeurs. Mission d’électrochoc réussie pour ce Ballet Confidentiel qui sera repris ce soir, samedi 16 juillet 2016, à 20h dans la Cour du Musée Picasso et les 22 et 23 juillet, à 20h également, à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Informations, ici.

visuels : YH


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