[Festival d'Avignon] Sujets à Vif A et B : poésie, folklore, vampires et leçon de cul

8 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

On doit vraiment le rappeler ? Les Sujets à Vif est un programme de la SACD qui propose une rencontre entre un auteur et un artiste.  Nommés A, B, C et D, ces huit formes courtes sont toujours un rendez-vous incontournable du Festival d’Avignon. 

Programme A- Renaud Herbin et Célia Houdart puis Erwan Keravec et Mickaël Phelippeau

Le vide des formes de Renaud Herbin et Célia Houdart

Ce premier sujet est totalement poétique. En fait, ils sont trois sur scène : elle, romancière, lui, marionnettiste et une marionnette à son image. La performance est une déclaration d’amour douce à ces objets inanimés que la main de l’homme traverse d’émotions. « Hanté par ses marionnettes, un jour, un marionnettiste les a brûlées »

Célia lit, Renaud traduit, en danse. Il fait corps avec ce double, le porte, le fait marcher, le fait presque penser. Elle raconte, peut-être parfois dans un verbe qui vient trop s’inspirer du Nouveau Roman, les grandes histoires de ces compagnonnages entre l’homme et son objet. Pasolini en a utilisées. Mais ce qu’elle traduit, c’est qu’ici les mains sont des porteuses d’histoires, elle cite Sagan et ses tremblements. Le résultat est d’une fragilité sensible, très enveloppante.

Erwan Keravec et Mickaël Phelippeau Membre Fantôme

Changement d’ambiance totale et avant tout une grande joie. C’est la première fois que le chorégraphe et danseur Mickaël Phelippeau (Chorus, Pour Ethan, Set up...) est au « In », et il était temps. Lui qui travaille tant la question du populaire et du personnel arrive en duo avec le sonneur de cornemuse Erwan Keravec. Le danseur est habillé en allégorie de bigouden, sans la coiffe, mais ses cheveux longs lâchés.

On entend un célèbre air breton chanté par Alan Stivell. Eux deux vont d’abord être le souffle de l’instrument qui restera pour le moment silencieux. Se servant de leur enceinte comme d’une minuscule scène, le duo fait corps.  Puis doucement, l’instrument prendra toute sa puissance et Mickaël redeviendra danseur, dans son pas, celui qui offre une danse faite de bras pliés, jamais de rondeurs.

La performance se place dans une tendance très forte d’intégration et d’analyse des danses traditionnelles. Simon Mayer ou Sciarroni se sont intéressés aux danses tyroliennes, Clara Andermatt aux danses portugaises.
C’est très fort, très percutant. Il y a tout comme dans le premier spectacle mais de façon très différente une immense dose de nostalgie. Et dans dix ans, je m’en irai alors ?

Programme B Jonathan Capdevielle et Laetitia Dosch puis Sophie Cattani et Herman Diephuis

Les corvidés de Jonathan Capdevielle et Laetitia Dosch

Ces deux-là sont les enfants terribles du spectacle vivant. Capdevielle avait été révélé par Jerk il y a déjà longtemps lors d’un programme dédié à la performance, la Vingt-cinquième heure qui se tenait à minuit .

Laetitia Dosch elle, performait encore le mois dernier sur le toit du Point Éphémère, maîtrisant à bloc l’art du kitsch. En attendant que les stars fassent leur entrée, des corbeaux nous commentent l’actualité, et singent avec un humour fou les tics des festivaliers. Puis les voilà. Remake parodique de Only lovers left alive, ils sont de parfaits vampires. Capdevielle est un excellent ventriloque et d’entrée de jeu il s’amuse à refaire le jingle de la SNCF ou l’annonce météo de France Culture. Ces deux-là parlent d’une relation longue durée et des problèmes que cela pose. 300 ans c’est long. Alors ils dérivent pour notre plus grand plaisir sur Marie Curie ou Jean Vilar. C’est assez fou pour être pertinent, et ce sont des clowns cyniques de haut vol.

Täkasûtra de Sophie Cattani et Herman Diephuis

C’est assez étonnant de voir le réservé Herman Diephuis se prêter au jeu d’une leçon de sexe, ou plutôt d’une leçon de tac tac tac…  Ils arrivent en chemise blanche et pantalon noir et vont nous enseigner les « techniques de l’amour ». Missionnaire, levrette, brouette, 69, fellation… tout y passe ici. Chaque position devient un « pas » faisant partie d’un enchaînement. Mais eux aussi doivent se confronter à l’épreuve du temps. Et en matière de couple, même si on a quelques clés ( « coups et gémissements ») l’affaire n’est jamais gagnée.

Eux deux sont totalement espiègles et la performance fonctionne à plein régime.

Des Sujets qui auront finalement tous parlé d’amour, mais parle-t-on jamais d’autre chose?

Visuels

Täkasûtra  : © Julien Oppenheim

La Vie des formes © Christophe Raynaud de Lage


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