[Festival d'Avignon] Le désespoir sans retour du blitztheatregroup

8 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le blitztheatregroup est à Avignon avec un spectacle portant presque le titre d’une chanson de Radiohead : 6 a.m. How to disappear completely. Ce collectif grec nous entraîne dans une litanie anxiogène, allégorie futuriste et paradoxalement réaliste de l’avenir de l’Europe. A digérer.

Note de la rédaction :

Elle est d’abord seule en scène munie d’une hache.  Un long écran la retient en avant du plateau. Derrière, un soleil voilé et bientôt embué se déploie. Elle entre dans une logorrhée qui commence par ennuyer. Elle dit le dessèchement du monde, le vide et le manque incommensurable. Le rideau s’ouvre. Aris Armaganidis, Aris Balis, Michalis Kimonas, Angeliki Papoulia, Christos Passalis, Areti Seintaridou et Yorgos Valais, sont désormais au cœur d’un monde de fer et de pierre. Ils se démènent pour tenter de récupérer de la nature et le soleil. Mais cela a l’air perdu d’avance, et les cordes qui les invitent à se pendre ne les rassurent pas dans leur projet.

Étonnamment, quand on repense à cette drôle de pièce composée d’une succession de tableaux très castelluciens dans l’idée, le texte s’efface au profit de l’image. Doucement, le pouvoir de ce collectif  formé en 2004 par trois artistes : Angeliki Papoulia, Christos Passalis et Yorgos Valais opère sans que l’en s’en rende compte. Il y a ces pendaisons, ces pierres qui tombent comme de la pluie dense, ces cerf-volants en métal, et ces échafaudages qui se font et se défont dans une allégorie concentrationnaire sans issue.

C’est un spectacle tellurique, d’une aridité déroutante, épuisante, avant de devenir essentielle.

Ces humains qui remuent cet espace nocturne, sombre et poussiéreux nous disent en une heure leur vision de l’Europe. Les images se construisent d’elle-mêmes sans qu’à aucun moment ils ne forcent les choses. Les pierres rappellent le nazisme, les échafaudages la crise économique actuelle. Rien ne se construit ici, rien ne va. Mais eux écrivent en néons le mot « Enthousiasme ». Quoi ? Une injonction, un désir ? Mais voyons, ils le savent, ils ont quitté le plateau : attendre un désir en retour, vouloir que l’autre, ici, les Nations, répondent à vos questions, cela n’arrive que dans les contes pour les adolescentes. Mais le monde du blitztheatregroup est si adulte qu’il suscitera incompréhensions et questions.

A voir. Il reste de la place est le spectacle est programmé la saison prochaine au Théâtre de la Ville.


Visuels : 6 a.m. How to disappear completely © Christophe Raynaud de Lage


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