Festival d’automne- Le Timelining de Gérard&Kelly au Centre Georges Pompidou

21 octobre 2017 Par
Antoine Couder
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Un travail à la frontière de la danse et de l’art contemporain en forme de performance à l’attention du « public citoyen » du Musée national.

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Bienvenue dans la Timeline. Créé en 2003, « Timelining » est un travail de déambulation qui interroge la propre vie de ses interprètes. Un texte en boucle composé autour d’évènements tirés de leur récit personnel. Structure poétique et processus mémoriel de couples qui se répondent sous forme de phrases tranchées autour de l’expression « en face de » (par exemple, « les bus manoeuvrent sur la rue du Havre en face de « mon grand-père qui qui perd toutes ses dents).

Fausses répétitions. « In front of » comme dit l’une des artistes qui performent au moment où nous entrons dans la salle 40 du 5ème étage du Centre Georges Pompidou, et que nous finissons par rencontrer puisqu’elle intègre notre arrivée, notre entrée dans la Timeline.« En face de, une personne avec des lunettes marrons entre et commence à prendre des notes ». Le spectacle s’invente dans la fausse répétition nous donnant envie de regarder les regardeurs et de commenter aussi – mentalement cette fois- ce qui est en train d’arriver.« In front of », « En face de… » On a envie de dire « en phase  2 «  ou, encore, « emphase 2 » tant cette emphase suinte et suinte encore, comme si le ressassement finissait par nettoyer la ligne claire du récit auquel on finit par adhérer, parce que la proximité physique, la compréhension instinctive presque cognitive s’établit peu à peu.

Lutter contre la mort. Le propos des deux créateurs de ce « Timilining », Brennan Gerard et Ryan Kelly, basés à Los Angeles, consiste ainsi à partager des liens familiaux ou amoureux évoqués dans ces témoignages entremêlés, suivant une partition qui favorise les sautes temporelles et les rapprochements imprévus. Parfois la danse surgit, parfois les paroles des deux interprètes se mélangent pour se taire brièvement avant que la Timeline ne recommence à tourner. On comprend tout à fait cette idée d’interroger un lien, de déconstruire notre relation à des institutions (des gens qui déambulent et qui parlent de leur vie, sont-ils en train de commenter une œuvre … et moi là-dedans ?). Mais ce part-pris est d’autant plus fulgurant qu’il renforce paradoxalement le pouvoir et la confiance que l’on peut avoir dans le langage. Le choix de ne jamais s’arrêter de parler au gré de performances et d’interprètes qui se succèdent de 18h à 20h30, d’occuper le silence douillet de l’Institution avec des bouts de mémoire intime est aussi une façon de lutter contre le silence de la mort.

Photo: Elisabeth Bernstein. Courtesy of the artists.