Dans le souffle de Maguelone Vidal aux Inaccoutumés

16 novembre 2016 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Le pointu festival de performance, Les Inaccoutumés a commencé le 8 novembre et se terminera le 3 décembre. Un petit mois pendant lequel la crème de l’avant-garde joue deux soirs et c’est tout. Hier, Maguelone Vidal entrait sur un plateau juste ponctué d’éléments apportant de la respiration à son travail sur les fondations du corps.

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Tout commence par un cri. Quand on y pense, on peut se dire que les nourrissons ont d’emblée compris qu’ils débarquaient dans un monde de merde. Passons. Maguelone qui elle aussi sent que tout n’est pas simple est en bleu de travail, ou en combinaison d’aviateur, on hésite. En tout cas, elle ne joue pas la carte glam. Elle crie mais sans bruit. Puis, alors que la lumière est en douche sur elle son hurlement étouffé se transforme en un…. lavement précis des dents. Vous comprendrez plus tard.

Qu’est-ce-que le souffle ? C’est le commencement et la fin, c’est la vie en résumé. Rien que ça. Lors de l’ouverture du festival Olivia Grandville et César Vayssié avaient le souffle coupé par l’attirance qui les faisait se rencontrer. Ici, elle est seule et doit remonter loin. Dans ses fondations on trouve le jazz, qu’elle rend libre à l’aide d’un saxophone baryton. Ne cherchez pas la mélodie, cela ne l’intéresse pas. Pire, quand elle la touche elle la transforme pour revenir au son. Sur scène, elle a des outils.Son sax donc, mais aussi quatre platines vinyles et un grand panneau aux allures à la fois souples et métalliques en fond de décor. Elle va les utiliser tous jusqu’à inscrire son souffle, jusqu’à laisser trace de l’air qu’elle respire.

Vidal touche à la fois à la permanence et à l’éphémère. Pour ne citer qu’un exemple, elle manipule la chanson de Maxence sur son « Idéal féminin » dans les Demoiselles de Rochefort. En faisant cela elle fait respirer la nostalgie. On le sait, on le voit, elle connaît le morceau par cœur. Doucement, on comprend que ce que fait Maguelone Vidal n’est pas juste une expérience sur les applications performatives du souffle mais bien un récit, son récit, son histoire familiale. Sa bio dit d’elle qu’elle a fait médecine jusqu’au bout, surement à cause du père dentiste. Aujourd’hui elle « explore les relations poétiques et sensorielles entre le corps et le son ».
En nous faisant entendre ce que le contact de l’air sur les choses ou sur les gens a à nous dire, sa pièce Cochlea ( en latin, cela veut dire « escargot » et désigne l’organe de l’ouïe en forme de colimaçon), elle nous apaise, nous calme et nous plonge dans une respiration vidée de son angoisse.

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est quelle était sa spécialité en médecine.

Visuel : ©Marc Ginot