[Bruxelles] Des performances de Miet Warlop et Pieter van den Bosch ouvrent la rétrospective Yves Klein au Bozar

29 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce mardi 28 mars 2017, pour ouvrir la grande rétrospective qu’il dédie à l’inventeur du happening en France, Yves Klein, le Bozar avait organisé une session de performances dans le grand hall d’entrée du Palais dessiné par Horta. Au menu : le jeu plastique et sexy sur le féminité et la couleur de Miet Warlop et le happening de couleurs encagoulé de Pieter van den Bosch. Deux propositions hautes en couleurs pour mener vers une rétrospective plus sage : thématique, habitée par la spiritualité de Klein et très sérieusement articulée autour de sa recherche du « Théâtre du vide ».

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Alors qu’une foule en entrée libre est concentrée auprès du bar de le hall majestueux du Bozar, des riffs de guitares électriques nous enjoignent à suivre le pas cadencé de deux créatures bien roulées : l’une porte une robe magenta, l’autre, rien sur son cul superbe, si ce n’est une queue de cheval. Tout en montant les escaliers qui ascensionnent vers l’exposition, les deux nymphes grimpent l’une sur l’autre. Avec cette performance sexy, drôle et critique, Miet Warlop fait un joli clin d’œil aux « empreintes » de Klein et à sa manière d’exhiber les femmes dans ses performances. On nous avait distribué des bouchons d’oreilles jaunes (ou tout sauf le bleu IKB, trop obvie) et l’on voyait une série de performers s’habiller de combinaisons noires et de cagoules pour faire un grand tintamarre sous une tente volumineuse et mystérieuse, mais lorsque les coups sont partis, nous avons tout de même eu peur. La couleur a giclé, contre la tenture blanche, dans cette performance-attentat signée Pieter van den Bosch et qui faisait autant penser à Niki de Saint-Phalle qu’à Yves Klein, le happening réactualisé par l’apparence terroriste de la dizaine d’acteurs eux mêmes badigeonnés de couleur Brèves et intenses, les performances de cette veille de l’ouverture de l’exposition Yves Klein au Bozar ont rendu un bel hommage à l’artiste, disparu en 1962 d’une crise cardiaque à l’âge de 34 ans. Pour être parfaitement dans le jus, il leur manquait peut-être un longue session de discussion animée par un digne héritier de Pierre Restany, mais fort heureusement, l’exposition elle-même faisait ce travail de mise en perspective.

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Et celle-ci, intitulée « Le théâtre du vide », était à la fois classique, thématique et efficace pour resituer et classer parmi les corpus « sérieux » et « inspirés » autant que « pionniers » ou « marketeur de la société du spectacle », les oeuvres d’Yves Klein. On commence par l’enfance à Nice et la spiritualité initiale de l’homme qui s’initie au vide par le judo. Yves Klein hérite du ciel dans le partage de l’univers qu’il effectue avec ses deux amis, Claude Pascal et Arman. Il apprend l’art de la dorure à la feuille à Londres, découvre celui de la fresque en Italie avec Giotto. Puis l’on passé à la couleur : Dès les monochromes des années 1950, il y a un véritable travail de mise en scène et de l’artiste et du vide. Il décide de réduire sa palette pour attirer l’attention et résume ses monochromes au bleu.

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Et l’on apprend qu’en fait le brevet n’est jamais déposé pour le Bleu IKB mais pour le fixant. Par ce bleu, Klein semble annoncer avant que Gargarin aille dans l’espace que la terre est bleue. Mais l’Outre-mer est Difficile a étendre et Klein se met à utiliser des éponges aux tracés lunaires qu’il sort peu à peu de la toile pour donner son autonomie à la couleur. Par ailleurs, ce passionné du vide et visiteur abasourdi de Hiroshima s’intéresse au pouvoir de destruction mais aussi de création du feu, il jauge, adopte sa flamme bleue et se décide à n’exposer que ce que la flamme laisse. En 1961, à Krefeld, il expose ses « buissons ardents », il lance aussi ses modèles nues et mouillées contre une toile qu’il passe ensuite au chalumeau. Les œuvres sont juste les cendres de son art et pour Klein, ce qui compte le plus, c’est l’idée.

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On passe aussi aux anthropomorphes, vidéos des performances et traces à l’appui et le Bozar nous rappelle qu’il n’y a pas que du bleu mais aussi du rose, comme dans la chair de l’incarnation chrétienne, avant de finir à la fois sur le rayonnements de grandes œuvres bleues IKB qui rayonnent et sur les performances les plus connues de l’artiste : le saut de l’ange et les « zones de sensibilité artistique stabilisées qu’il « vend » en Italie. L’exposition rend bien compte, avec un sérieux parfois un peu glaçant, de la recherche d’Yves Klein. Elle pose l’hypothèse que chaque geste de son théâtre était habité par une spiritualité un peu tragique et lourde de sens et de responsabilité. Elle permet également de voir et revoir sous divers formats une cinquantaine de ses œuvres-clés qui dialoguent aisément avec les deux performances de la soirée d’ouverture…Une rétrospective à ne pas manquer.

visuels : YH