Une Marianne bien capricieuse à Saint-Etienne…

16 avril 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Du 8 au 12 avril étaient donnés Les Caprices de Marianne à l’Opéra de Saint-Etienne, opéra de Henri Sauguet d’après la pièce de Musset, sur un livret de Jean-Pierre Grédy, mis en scène ici par Oriol Tomas. Si le lapin blanc présent sur l’affiche nous fait penser à l’univers d’Alice, difficile de prétendre revenir du Pays des Merveilles en sortant de la salle…

Note de la rédaction :

L’affiche nous plonge, comme nous venons de le dire, dans l’univers de Lewis Carroll, certainement sans le vouloir. Le décor que révèle le lever de rideau poursuit alors cette impression face à ces façades rappelant les livres en 3 dimensions pour enfants, d’autant plus qu’elles convergent vers un point de fuite central. D’autres façades, en hauteur et à l’horizontal, prolongent ce décor de place publique propice aux rencontres. Oriol Tomas explique que : « Les personnages, figurines de papier extrêmement fragiles, évoluent dans le décor esquissé, évoquant la perspective trompeuse de la Galleria Umberto 1er à Naples : Italie irréelle. Sa monumentalité oppressante accentue l’isolement et la vulnérabilité des personnages. Son dôme, tel une cage de verre, les enferme dans ce lieu, métaphore de leur inéluctable destiné ». Malheureusement, si la mise en scène est « originale », elle n’apporte rien à l’oeuvre, ne met absolument pas en valeur le livret pourtant très réussi de Grédy, ne parvient pas à faire ressortir le comique parsemé dans ce-dernier, et l’on s’interroge sur l’efficacité du décor par rapport à la projection des voix qui ont globalement beaucoup de mal à passer le mur de l’orchestre. Notre regard est par ailleurs attiré plusieurs fois vers de petites scénettes jouées en parallèle d’un air, comme pour nous distraire en attendant que celui-ci finisse au lieu de porter l’interprète et de mettre en valeur son chant.

Si le plateau comporte deux des nommés dans la catégorie « Révélation artiste lyrique » des dernières Victoires de la musique classique, à savoir Jérémy Duffau (Coelio) et Guillaume Andrieux (dans le rôle trop bref du chanteur), force est de constater que la promesse du papier n’est pas tenue. En effet, si l’on s’interroge sur l’efficacité de la mise en scène pour les voix, nous ne pouvons malheureusement pas rejeter le manque de projection entièrement sur elle, notamment concernant Jérémy Duffau qui en manque parfois. La prononciation est quant à elle excellente, et ce de manière assez globale. Marc Scoffoni offre pour sa part un Octave relativement réussi qui tente de dynamiser l’ensemble, mais qui ne peut sauver à lui seul la mollesse et les aspérités de la mise en scène. Il en est de même pour Carl Ghazarossian dans le rôle de Tibia. La qualité du jeu des interprètes est donc d’autant plus saluable.

Thomas Dear est Claudio, magistrat possessif et jaloux sans scrupule, incarnant assez bien son personnage mais dont la voix de basse est parfois mise à mal par ce problème de « mur d’orchestre » déjà évoqué. L’aubergiste de Xin Wang et La Duègne de Jean-Vincent Blot sont réussis sans pour autant parvenir à s’élever au-dessus de la mise en scène, tandis que le chanteur de sérénade de Guillaume Andrieux, ouvrant la pièce, est vocalement excellent mais beaucoup trop court, bien malheureusement.

Enfin, Aurélie Fargues dans le rôle-titre a vraiment du mal à se faire entendre correctement au début mais cela va beaucoup mieux durant la seconde partie. Réajustement bienheureux du chef d’orchestre qui laisse enfin entendre avec moins d’effort la soprano dont la licence de Lettres nous aurait fait attendre une interprétation peut-être plus travaillée ou plus profonde du personnage. Là aussi, difficile de connaître la part exacte de responsabilité de la mise en scène…

Côté fosse, nous l’avons dit, un véritable déséquilibre est créé avec la scène bien que les musiciens soient loin de jouer à l’excès sous la baguette de Gwennolé Rufet qui parvient à diminuer fortement ce problème après l’entracte.

Une production qui laisse donc davantage un souvenir de « caprices de metteur en scène » pour « les malheurs de Marianne »…

©Cyrille Cauvet


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