Samson et Dalila de Saint-Saëns magnifié par la puissance vocale et théâtrale

14 juin 2018 Par
Victoria Okada
| 0 commentaires

Version 2Les applaudissements ne semblaient pas s’arrêter après la première représentation en concert, au Théâtre des Champs-Elysée, de Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. L’interprétation est marquée par une formidable force théâtrale tout au long de l’œuvre, dont les rôles principaux sont merveilleusement servis par trois chanteurs francophones, Roberto Alagna, Marie-Nicole Lemieux et Laurent Naouri.

Relativement peu représenté, l’opéra biblique de Saint-Saëns exige une grande puissance tant pour les voix que pour l’orchestre et le chœur. L’Orchestre National de France, sous la direction de Mikhail Tatarnikov (La Fille de neige à l’Opéra Bastille la saison dernière) a cette puissance dans son grand effectif avec les vents toujours éclatants et les timbales d’une virtuosité triomphante. Tatarnikov bâtit l’œuvre autour de deux gigantesques crescendos, l’un pour les actes I et II aboutissant à la révélation de la trahison, et l’autre pour l’acte III qui finit avec la destruction du temple. On entend le même crescendo dans la fameuse Bacchanale, brillamment jouée ce soir, suscitant par conséquent quelque frustration de ne pas pouvoir applaudir à la fin…
Roberto Alagna fait montre de ses aigus éblouissants de clarté et de ses graves « ancrés », avec une projection vigoureuse et intense. Chaque attente qu’il crée par son entrée sur scène longtemps avant d’émettre la première note, agit sur la psychologie des spectateurs qui, lorsque cette attente est comblée, ont un sentiment de soulagement qui se transforme immédiatement en un enthousiasme mêlé de surprise. Outre les airs qui mettent en avant son timbre lumineux, un autre visage, sobre et tourmenté, au début du troisième acte, séduit tout autant.
Marie-Nicole Lemieux est une Dalila intensément séductrice. Si la chanteuse n’a pas ce côté perfide ni aigreur dans sa voix qui exprime ce caractère, elle joue avec des couleurs, pleine, vive ou demi-teinte selon les scènes, mais toujours limpide de discours et de diction. Comme à l’accoutumée, elle est entièrement dans son rôle, sans besoin d’appui sur la partition ; ses gestes, accompagnés de respiration haletante, expriment la violence des propos à la fin du deuxième acte pour favoriser encore davantage la théâtralité exaltante. Au moment de la première apparition de Dalila, le chœur féminin l’accompagne avec une grande beauté, qui constitue l’un des meilleurs moments de tendresse.
Laurent Naouri, dans le rôle du Grand Prêtre, varie lui aussi ses couleurs et surtout, ses timbres. Son chant élégant n’enlève pas la sévérité du personnage, et sa diction, tout aussi claire que les deux autres protagonistes, participe efficacement au drame.
Au premier acte, les trois Philistins, Loïc Félix, Jérémy Duffaut et Yuri Kissin, ont chacun un timbre bien distinct et une solidité vocale, qui rendent la représentation véritablement parfaite. Alexander Tsymbaliuk a une autorité taillée pour le rôle d’Abimélech, avec une voix sonore et dense. Renaud Delaigue en un vieillard hébreu impressionne par ses graves légèrement cuivrés qui convient à merveille au rôle.

Une autre représentation se tient le 15 juin et le concert sera diffusé sur France Musique le dimanche 24 juin à 20h.

Photo © Victoria Okada