« L’Italienne à Alger », un Rossini prêt à décoller à Nancy

1 juillet 2018 Par
Gilles Charlassier
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Créée en 2012 avec Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre, L’Italienne à Alger mise en scène par David Hermann revient à l’Opéra national de Lorraine pour refermer la saison lyrique lorraine, après avoir été donnée à Montpellier en septembre 2017.

Opera National de Lorraine, L'Italienne a Alger, Direction musicale : Giuseppe Grazioli, Mise en scène : David Hermann. Pre generale. Nancy, FRANCE -19/06/2018

A l’heure des grands départs en vacances, l’Airbus crashé de L’Italienne à Alger revisitée par David Hermann revient à Nancy où il avait été baptisé en 2012. L’exotisme mahométan du livret d’Anelli est ici transposé dans la jungle des Papous ou autres peuplades équatoriales, avec masques obligés, dessinés par Cécile Kretschmar. Au-delà de la différence culturelle visible et des insistants appels au pal d’Haly, le serviteur du bey, le spectacle met d’abord en avant le tourbillon des sentiments et un portrait de maîtresse-femme qui va déjouer l’infatuée vantardise de Mustafa.

Car le spectacle, comme l’opéra de Rossini, est avant tout un divertissement qui rend hommage à la force du sexe faible, la ruse opiniâtre – un coup de fraîcheur bienvenu au cœur de l’actuelle moiteur victimaire. Rehaussé par les lumières de Fabrice Kebour, distillant habilement les atmosphères, le décor de naufrage dessiné par Rifail Ajdarpasic, comme les costumes aux gourmandes bigarrures de Bettina Walter, se font les complices d’une soirée plaisante, sans temps mort, à l’issue de laquelle équipage et touristes italiens s’apprêtent à décoller pour rentrer au pays, sur fond de bruit de réacteurs.

Dans le rôle-titre, Teresa Iervolino se met dans les pas de Marie-Nicole Lemieux. Son mezzo dévoile une pâte vocale charnue et généreuse en couleurs qui n’est pas sans rappeler la consoeur québécoise, avec en prime davantage de retenue dans le jeu. Sa virtuosité et son sens du style consommés n’ont pas besoin d’appuyer les effets pour faire chavirer le théâtre et les amateurs de belcanto, sans compter la précision de son italien, qualité généralement partagée par l’ensemble du plateau.

S’il n’exhibe pas une puissance insolente, le Mustafà d’Adrian Sâmpetrean séduit par la solidité et le legato équilibré de son chant. Edgardo Rocha confie son ténor clair et léger à Lindoro, dont la musicalité lumineuse compense quelques menues fragilités ça et là. Omar Montanari résume un Taddeo de belle tenue, réjouissant en amoureux transi. Bianca Tognocchi ne dépare pas en Elvira, même si la voix manque un peu de la rondeur qui fait le charme de la Zulma d’Anthea Pichanick. Christophe Gay assume avec entrain les répliques de Haly. Préparé par Merion Powell, le chœur d’hommes de l’Opéra national de Lorraine s’acquitte de son office.

La réussite de la soirée tient aussi à la fosse et la direction souple et intelligente de Giuseppe Grazioli, qui restitue la vitalité et la saveur irrésistibles de la partition, et ce dès l’Ouverture, où les teintes et les plans sonores sont mis en valeur avec un évident instinct stylistique. L’inventif continuo de Matteo Pais au pianoforte se révèle un acolyte de choix de cette jubilatoire fin de saison nancéenne.

L’Italienne à Alger, mise en scène : David Hermann, Opéra national de Lorraine, du 22 juin au 1er juillet.

Visuel : C2images pour Opéra national de Lorraine